5e Semaine de Pâques

2021/05/03 – Jn 14, 6-14

By samedi 17 avril 2021 No Comments

Il est impossible, par nous-mêmes, de parcourir le chemin qui mène à notre patrie, car elle se situe à un niveau infiniment élevé, où le bonheur dépasse toute imagination humaine. Thomas a raison, car nous ne connaissons même pas ce chemin de l’amour et de la vie. Même en le connaissant, nous n’aurions pas la capacité de le parcourir.

Dans sa réponse à Thomas, Jésus recourt à l’expression caractéristique, « Je suis », qui révèle les attributs divins de sa personne. Comment Jésus est-il « le chemin » vers le Père? Parce qu’il est la vérité, c’est-à-dire la révélation du Père, en sorte que les humains, en le connaissant, découvrent le Père en lui. Lorsque les croyants le voient, ils voient le Père. Il est aussi le chemin parce qu’il est la vie, car il vit dans le Père et le Père vit en lui. Il est le Médiateur, le canal, par lequel la vie de Dieu parvient aux chrétiens. Jésus, « le chemin », désigne donc l’essentiel, que « la vérité » et « la vie » explicitent.

Jésus est « le chemin » qui mène au Père de trois manières. Il ouvre la voie en passant le premier par le sacrifice volontaire de sa vie pour ressusciter dans la gloire. De plus, il accorde la grâce de parcourir le même chemin en donnant aux siens l’Esprit. Enfin Jésus incorpore les chrétiens en lui-même pour franchir la route avec nous et nous en lui. Il meurt avec nous et ressuscite avec nous. « Aucun de nous ne vit pour soi-même et aucun ne meurt pour soi-même. Si nous vivons, nous vivons pour le Seigneur, et si nous mourons, nous mourons pour le Seigneur. Ainsi, soit que nous vivions, soit que nous mourions, nous appartenons au Seigneur » (Rom 14, 7s). Cette image traditionnelle du « chemin » rappelle la marche du peuple vers la Terre promise et la réalisation progressive de la destinée du croyant.

« Personne ne va au Père sans passer par moi » reprend une affirmation fondamentale que l’évangéliste avait déjà proposée (1,18; 3,13). Jésus est donc l’unique Médiateur entre Dieu et l’humanité. En rappelant cette affirmation de Jésus, Jean pensait aux multiples mouvements religieux de son époque. Il n’y a pas plusieurs voies pour atteindre Dieu. À une époque comme la nôtre, la prétention de Jésus pourra paraître intransigeante, mais c’est l’intransigeance de la vérité, qui est unique.

Jésus est l’unique voie pour atteindre Dieu, la source de la vie éternelle. La condition, c’est de connaître Jésus et, par lui, de connaître le Père.

« Connaître » ne signifie pas dans l’Évangile la simple connaissance humaine d’un fait ou d’une personne, mais la relation personnelle de la personne humaine à Dieu (v.7). Par la connaissance du Père, qu’ils connaissent par Jésus, les disciples sont établis à l’égard du Père dans une relation similaire à celle qui unit Jésus à son Père: relation d’amour, d’obéissance et d’habitation mutuelle. Aussi la vie éternelle consiste dans la connaissance du Père par le Christ (17,3).

La demande de Philippe, « Montre-nous le Père » exprime l’aspiration universelle de voir Dieu, la source de tout bien. L’union du Fils à son Père est si parfaite, que Jésus peut reprocher à Philippe de ne pas le connaître, s’il n’a pas vu Dieu en lui (v.9). Par la foi, le croyant découvre Dieu dans la personne de Jésus. La demande de Philippe supposait que l’homme peut voir directement Dieu, alors que c’est uniquement par la médiation de Jésus qu’il devient possible de communiquer avec le Père. L’aspiration religieuse de l’humanité peut se réaliser depuis que le Fils de Dieu s’est incarné: dans ses actions, ses paroles et sa personne, Dieu est apparu parmi nous en Jésus (1,18).

Jean-Louis D’Aragon SJ