3e Semaine de Pâques

2021/04/19 – Jn 6, 22-29

By samedi 17 avril 2021 No Comments

De l’autre côté du lac, Jésus a fait la multiplication des pains pour nourrir la foule. Il s’est éloigné de la foule quand elle se préparait à le faire roi. A la faveur de la nuit, il a marché sur les eaux pour rejoindre les disciples et se révéler à eux. Ils ont fini la traversée à Capharnaüm. Le lendemain, la foule l’a cherché puis l’a rejoint à Capharnaüm. Jésus dit à ceux qui le cherchent qu’ils le font pour la mauvaise raison. Pour le suivre parce qu’il est celui qui est envoyé de Dieu et le connaître véritablement il faut d’abord croire en lui.

Cet épisode est une sorte de transition entre la multiplication des pains, symbole de la vie que Jésus apporte, et le discours sur le pain de vie, le reste du chapitre six, dans lequel Jésus révèle son identité et son véritable rôle.

L’ensemble de ce chapitre peut aussi être vu comme une confrontation entre une croyance populaire en un messie politique, bien terrestre, et la foi en un Messie envoyé par Dieu pour apporter une vie nouvelle. La foule l’a d’abord cherché parce qu’il avait fait des guérisons. La multiplication des pains leur a fait penser au genre de roi qu’ils aimeraient. Ils l’ont cherché et maintenant ils montrent bien qu’ils sont plus intéressés au merveilleux qu’à lui-même, à ce qu’il fait plus qu’à ce qu’il est. Ils veulent savoir comment il a pu se rendre à Capharnaüm sans qu’ils voient comment. Ils soupçonnent une autre action merveilleuse.

Les gens sont toujours fascinés par le merveilleux. La mort accidentelle d’un héros est sans intérêt; mais c’est plus fascinant si on peut imaginer qu’elle est le résultat d’un complot. Dans le monde moderne, avec le développement de la science, les anges ont été remplacés par la croyance dans les extra-terrestres: le désir de merveilleux est très créateur. La foi dans le futur est plus facile s’il y a du merveilleux comme des billets de loterie.

C’est un peu tout cela qui joue dans l’imagination de la foule de Capharnaüm. Un Messie qui est capable de guérir et de nourrir la foule sans qu’il n’y ait rien à débourser devrait être capable de faire disparaître les Romains et de redonner la liberté à Israël.

Dès que Jésus va parler de son pouvoir de donner la vie qui est plus forte que la mort et de sa relation avec Dieu on va demander des preuves, un signe, c’est-à-dire quelque chose de merveilleux dans le ciel pour les éblouir.

Et Jésus n’a pas le choix. Pour qu’il apporte la révélation, il faut que les gens acceptent celui qui l’apporte. Et pour accepter celui qui l’apporte, il faut abandonner les images qu’on s’est fabriquées comme ces images d’un Messie très puissant, très glorieux et très commode. Certains refuseront cette frustration. C’est pourtant ce qui est requis pour accepter l’Autre. Il est plus merveilleux que nos images de merveille.

Jean Gobeil SJ