2e Semaine de Pâques

2021/04/17 – Jn 6, 16-21

By dimanche 21 mars 2021 No Comments

Circonstances préludant à l’épiphanie

À la vue du signe de la multiplication des pains, la foule s’écrie que Jésus « est vraiment le Prophète qui devait venir dans le monde ! » 6,14) Les gens croient qu’il est le nouveau Moïse que Dieu avait promis. Telle est l’une des figures au moyen desquelles on se représentait le Messie, objet de l’espérance du peuple : « Le Seigneur, ton Dieu, « promet Moïse, « suscitera pour toi (Israël), de ton propre sein, d’entre tes frères, un prophète comme moi : vous l’écouterez. » (Deut 18,15)

Mais la foule s’imagine un Messie selon ses désirs et se normes, un guerrier victorieux, qui les délivrera des occupants romains. Fort de cet enthousiasme, le peuple veut enlever Jésus « de force, pour le faire roi. » (v.15) Depuis les tentations au désert, Jésus a continuellement résisté à cette pression populaire, qui le poussait à dévier de la mission que le Père lui avait donnée. Il quitte donc cette foule dangereuse et « il se retire de nouveau sur la colline, tout seul.. » De même, il protège ses disciples contre cette même tentation en les renvoyant en barque sur le lac. Jésus éloigne les siens pour les mettre à l’abri de la contamination de la foule.

Démunis dans la tempête !

La situation des disciples est pénible, car leur Maître « ne les a pas encore rejoints. » Ils sont seuls, « le soir » est venu, c’est même « la nuit », quand ils s’embarquent pour gagner l’autre rive du lac. Pour l’évangéliste, cette obscurité de la nuit symbolise le cœur des disciples, qui ne savent plus que penser. Ils sont désorientés, avec des opinions qui vont dans tous les sens. Ils sont les jouets des puissances du mal, auxquelles les vagues de la mer et le vent violent donnent une figure.

La petite Communauté de l’évangéliste se voyait dans ces disciples, isolés dans les ténèbres et ballottés par des vagues menaçantes. Les forces hostiles de l’extérieur, qu’elles soient romaines ou juives, semblaient submerger leur église sans défense humaine. Leur Seigneur était leur unique secours, mais il paraissait absent, en prière sur la montagne. Le Christ cependant n’abandonne pas les siens au désespoir, qui rament péniblement contre ces puissances adverses.

Au milieu de la nuit, Jésus vient de lui-même vers les siens, désemparés. Cette apparition, comme toute manifestation mystérieuse du divin, bouleverse les disciples, qui sont « saisis de peur. » C’est le regard sur soi-même qui suscite cette peur, car on se découvre impuissant face à cette menace qui veut nous détruire. Pour contrer cette menace, Jésus apparaît glorieux, le Prince de la paix qu’il souhaitera à ses disciples la veille de sa mort (Jn 14,27) et dont il les comblera à sa résurrection (Jn 20,19.21). « N’ayez pas peur, » comme aimait le répéter le pape Jean-Paul II.

Il faut bannir la peur, car le Christ se nomme avec le nom divin, « C’est moi », en grec, JE SUIS, qui reprend l’affirmation traditionnelle et mystérieuse de Yahvé, Dieu tout-puissant, Maître de l’univers et de l’histoire. En Jésus, le Fils unique, Dieu est si parfaitement présent qu’il affirme que « Le Père et moi, nous sommes un. » (Jn 10,30)

À la suite de cette épiphanie, les disciples manifestent leur confiance dans leur Seigneur en l’invitant à monter dans la barque, image de leur petite communauté. En réponse à leur accueil, Jésus les conduit immédiatement au but de leur voyage. L’eau du lac, qui les sépare de leur objectif, devient avec le Christ le chemin qui les amène au but. À l’époque de l’Exode, à la libération de l’esclavage en Égypte, Dieu avait également transformé l’eau de la Mer Rouge, cet obstacle retenant prisonnier Israël, en une route vers la liberté. (Ex, chap. 14)

Jean-Louis D’Aragon SJ