2e Semaine de Pâques

2021/04/12 – Jn 3, 1-8

By dimanche 21 mars 2021 No Comments

Dans ce passage, il y a un pharisien dont on dit du bien : c’est plutôt rare dans les évangiles. Nicodème est « un notable parmi les Juifs », c’est-à-dire un membre du Sanhédrin, ce « Conseil d’administration » que les Romains utilisent dans un système de « gouvernement indirect ». Nicodème va voir Jésus en cachette, « pendant la nuit » pour ne pas se compromettre. Il est préoccupé par le salut, mais il ne pose pas à Jésus la question de savoir que faire pour entrer dans le Royaume de Dieu. Il se contente d’une profession de foi : « Nous savons que tu es un maître qui vient de la part de Dieu, car personne ne pourrait opérer les signes que tu fais si Dieu n’est pas avec lui. » Le « nous » n’est pas un pluriel de majesté. Nicodème veut dire qu’il n’est pas le seul membre du Sanhédrin à avoir cette conviction. Voyant sa foi, Jésus répond à la question non formulée : « Personne, à moins de renaître, ne peut voir le règne de Dieu. » Et Nicodème qui prend cette déclaration au pied de la lettre demande : « Comment est-il possible de naître quand on est déjà vieux? » Jésus en profite pour livrer le sens de cette renaissance, mais en des termes qui semblent destinés à cacher sa signification plutôt qu’à en faciliter la compréhension. Ceci rappelle le fameux thème du « secret messianique » cher aux théologiens spécialistes de Marc.

On peut dire après coup que la seconde naissance dont Jésus parle correspond au baptême dans l’eau, mais aussi au baptême dans l’Esprit remis à l’honneur par le mouvement pentecôtiste contemporain. Mais on pourrait également y voir une annonce de la résurrection : si le grain ne meurt, il reste seul, mais s’il meurt, il porte beaucoup de fruit, et du fruit qui demeure! Il est enfin possible que le quatrième évangéliste laisse apparaître ici son côté mystique : la seconde naissance est en effet un thème cher aux mouvements initiatiques de tous les temps et de tous les lieux. C’est un pont ou une passerelle entre les grandes traditions spirituelles de l’humanité qui proclament que l’initié est « né deux fois ».

Revenons à la figure de Nicodème. De ce passage, on pourrait conclure que cet homme est un pleutre qui n’ose pas assumer ses positions au grand jour. Mais Jean le présente plutôt comme un juste. Il réapparaîtra d’ailleurs au moins à deux reprises. D’abord, pour prendre la défense de Jésus quand « les prêtres et les pharisiens » voudront l’arrêter avant son heure. Les « gardes » gagés pour le saisir seront si impressionnés par ses paroles qu’ils n’oseront pas mettre la main sur lui. Furieux, les notables vilipendent ces gardes, mais Nicodème rompt l’unanimité des dirigeants en posant cette question : « Notre loi, condamnerait-elle un homme sans l’avoir entendu et sans savoir ce qu’il a fait ? » (Jean 7, 51). On revoit ensuite Nicodème au moment de l’ensevelissement de Jésus. Alors que ses disciples ont trouvé le salut dans la fuite, Joseph d’Arimathie et Nicodème assurent à Jésus une sépulture digne, selon les traditions juives (Jean 19,38-42). On sait que c’est le Sanhédrin qui a eu la peau de Jésus. Mais le comportement dissident de Nicodème interdit des généralisations hâtives : le Sanhédrin n’était pas entièrement pourri et donc condamnable en bloc et en masse.

C’est la prévalence de ce genre de généralisation qui, dans l’histoire du christianisme, a fait des Juifs la cible d’une longue vengeance, jusqu’au paroxysme de la Shoah. Pourtant, même les premiers disciples de Jésus qui ont subi le désastre de sa mise à mort ont eu une compréhension moins sommaire et donc plus intelligente de l’événement, comme on peut le constater dans la première lecture d’aujourd’hui: « C’est vrai : on a conspiré dans cette ville contre Jésus, ton Saint, ton Serviteur… Hérode et Ponce Pilate, avec les païens et le peuple d’Israël ont accompli ce que tu avais décidé d’avance dans ta puissance et ta sagesse » (Actes 4, 27-28). Ici, la responsabilité du meurtre est attribuée au monde entier, mais elle est immédiatement annulée par le fait qu’elle correspond à ce que Dieu lui-même avait d’avance décidé : le Fils devait mourir pour que nous ayons la vie!

Melchior M’Bonimpa