1e Semaine de Carême

2021/02/23 – Mt 6, 7-15 – St Polycarpe

By lundi 8 février 2021 No Comments

Jeudi, 22 juin 2006

La prière du Seigneur (Matthieu 6,7-15)

Découvrir Dieu comme Père

Nous sommes tellement habitués de dire notre Père que nous ne sommes pas toujours présents à ce que nous affirmons. Tellement habitués que nous ne saisissons plus notre audace ou notre chance inouïe. Il suffit pourtant de nous arrêter quelque peu, de saisir notre situation et celle de Dieu, pour nous étonner de ce que nous affirmons si facilement. Comment pouvons-nous en effet prétendre que le Créateur des Cieux, de l’immense cosmos insaisissable, soit notre père ? Et même Abba, c’est-à-dire notre papa ? Sans l’avoir vu nous pensons qu’il doit être infiniment différent de nous, lui, le Très Haut et l’Éternel. Qu’est-ce qui permet ces sentiments de proximité, d’amour et de confiance?

Lorsque nous réfléchissons au-delà de notre manière coutumière de nous adresser à Dieu comme à notre Père, nous voilà plongés dans le plus grand des étonnements. Nous découvrons que notre audace repose sur l’histoire de Dieu qui se dit à nous en raison de Jésus. Aucun humain n’oserait s’adresser à Dieu ainsi si Jésus n’était pas venu parmi nous. Aucun humain ne pourrait vivre avec Dieu une relation toute filiale si Jésus lui-même ne nous avait ouvert cette voie bien inattendue, mais qui comble nos cœurs et fonde notre espérance la plus inespérée. Le Dieu de notre foi est révélé en Jésus Christ ?

Le Fils qui révèle le Père

L’émerveillement est que par pure bonté, Dieu crée des êtres capables de penser et d’aimer, des êtres porteurs de liberté et d’aspirations. Il va jusqu’à établir avec eux une Alliance et dans sa tendresse et sa compassion il se soucie d’eux. À la plénitude des temps, c’est son Fils lui-même qu’il leur envoie. Quel don ! N’est-ce pas Dieu qui se donne lui-même à ceux qu’il a créés ? Ce don nous manifeste déjà un Dieu d’Amour, qui se fait présence directe et immédiate aux humains, en prenant leur propre condition.

L’Emmanuel, Dieu parmi nous, tel est ce Fils, rien de moins. Il nous révèle Dieu en étant le Fils qui est toute relation à son Père et toute image de lui. Il nous parle de lui et de son royaume pour l’humanité.

Nul ne connaît qui est le Père si ce n’est le Fils et celui à qui le Père donne de le connaître (Luc 10.22).
Nul n’a jamais vu Dieu; le Fils unique qui est tourné vers le sein du Père, lui, l’a fait connaître (Jean 1.18).

Jésus reçoit tout (Jean 17.7-8) de celui qu’il appelle son Père (Luc 2.49; Jean 8.19; 14.23; 15.9,10,15,23,24; 20.17), et il lui remet tout, en faisant de sa vie une offrande totale, une obéissance parfaite (Jean 4.34;6.57). Il tient de lui son être (Jean 5.26) et sa mission (Jn 3.16; 5.24; 8.42; 16.5,28; 17.18,21,23), son enseignement (Jean 8.28;12.49-50;14.11; 17.6 et 9-10), son pouvoir (Jean 17.2) et son œuvre (Jean 5.19), comme il le déclare. Le Père le confirme comme Fils bien-aimé à son baptême et à la Transfiguration et surtout par sa résurrection. Il vit une relation unique à ce Père lorsqu’il se retire à l’écart pour le prier. Entre le Père et lui il y a une telle unité que Jésus déclare qu’ils sont un (Jean 10.30; 17.22-23). Il est dans le Père et le Père est en lui (Jean 14.10-11; 17.21). Le Père, nul ne l’a vu, si ce n’est le Fils; celui qui a vu ce Fils a vu le Père (Jean 14.9). Tel Fils, tel Père, pourrions-nous dire, tant l’un est l’image parfaite de l’autre. Et ce Fils est libre et il libère. Le Fils qui aime, qui voit le fond des cœurs, ne condamne pas, mais il redonne dignité et goût de vivre. Il se lie d’amitié et il va jusqu’au plus grand amour, qui est de donner sa vie pour ceux qu’il aime (Jean 15.13). Regarder Jésus, le découvrir, c’est voir Dieu.

Jésus nous révèle ce Père tout au long de son enseignement. Dieu a tant aimé le monde qu’il nous a envoyé son Fils unique (Jean 3.16). C’est le Père prodigue d’amour (Luc 15.11-32), se réjouissant du pécheur qui se convertit (Luc 15.7-10), ayant compassion pour le pauvre et le petit comme aussi pour le miséreux. En Jésus nous sommes devenus, nous qui avons cru en lui, des enfants de Dieu (Jean 1.12; 1 Jean 3.1-2). Jésus déclare: Vous donc, priez ainsi: Notre Père … (Matt 6.9). À Marie de Magdala il enjoint: va trouver mes frères et dis-leur que je monte vers mon Père qui est votre Père, mon Dieu qui est votre Dieu (Jean 20.17).

Jésus nous révèle que Dieu est « le Père » et qu’il est Amour (1 Jean 4.8). Il veut qu’aucun des siens ne se perde, mais que tous soient de son Royaume de justice et d’amour; c’est pour ce dessein de son cœur qu’il envoie son Fils et qu’il fera le don de son Esprit. De telles richesses sont à accueillir et à comprendre: elles ne sont pas de simples idées ou connaissances, mais le visage de Dieu qu’on ne peut saisir véritablement que dans des relations de confiance et d’amour.

L’Ancien Testament montre Dieu comme Père (2 Sam 7.12¬14; És 63.15-16; 64.7; Ps 89.27; 103.13), il est tendresse et pardon (Ex 34.6; Nb 14.18; És 1.18; Ps 51.3-4; 103.1,3,8-14), il a un cœur et des entrailles de mère (És 42.14; 49.15,¬16; 66.13). Au buisson ardent. Il se révèle à Moïse, loin de toute image trop concrète, comme Je suis celui qui est (Ex 3,14), nom que les juifs évitent par respect de prononcer. Parmi les très nombreux noms de Dieu dits en second, celui de l’époux tient, dans le contexte de l’Alliance, une place privilégiée pour évoquer de manière imagée les rapports de Dieu avec son peuple (l’épouse). Le nom de Père est aussi une transposition pour dire que Dieu s’est choisi un peuple (Israël), qu’il en est l’éducateur comme aussi son roi (David). Ce n’est qu’en Jésus que la paternité de Dieu prend son sens le plus strict, le plus riche et le plus total, puisqu’il est ce Fils unique issu du Père. Il est le Fils bien-aimé en qui il a mis toute sa complaisance; c’est en ce même Jésus, en nous assimilant à lui par la foi et le baptême et en participant à sa nature, que nous devenons des enfants de Dieu qui peuvent dire Notre Père.

La voie indiquée par Jean

… l’amour vient de Dieu, et quiconque aime est né de Dieu et parvient à la connaissance de Dieu. Qui n’aime pas n’a pas découvert Dieu, puisque Dieu est amour (1 Jean 4.7-8).

On ne peut indiquer plus clairement la voie pour parvenir à la connaissance de Dieu: son amour en nos cœurs. Pour nous dire toutes les richesses de l’amour, nous nous reportons particulièrement aux béatitudes chez Matthieu (5.1-12), à la parabole de l’enfant prodigue chez Luc (15.11¬32), au discours d’adieu de Jésus chez Jean (chap. 14-16) et à sa prière (chap. 17), à l’hymne à la charité chez Paul (1 Cor 13.1-13). Nous pensons aux attitudes et gestes de Jésus. Nous y trouvons le visage et l’expression de Dieu.

Une expérience privilégiée

Il y a dans l’amour humain une expérience privilégiée pour rejoindre le cœur de Dieu: c’est l’expérience de la maternité et de la paternité. Lorsque nous aimons, l’autre existe vraiment pour nous ; il nous est cher et précieux, il compte à nos yeux, nous sommes attachés à lui, et dans le souci que nous avons de lui nous donnons beaucoup de nous-mêmes. Toute distance disparaît et une grande proximité s’établit dans notre cœur. Mais est-on plus près d’un être que de son enfant; est-on jamais plus attaché à quelqu’un qu’à l’être qui est né de soi, dont on a désiré la venue et à qui on a tout donné depuis la naissance ? Y a-t-il tragédie plus grande, et plus longue à porter, que de perdre un enfant?

Qui n’a pas vu, près d’une pouponnière ou à la maison, des mères et des pères tout transformés de joie à la venue de leur enfant ? Peu après la naissance de Raphaël, je demandais à son père ce qu’il éprouvait. Richard me dit : quand j’ai le petit sur moi, il vient chercher très profond dans mon cœur. Pierre Soutot, un philosophe français, témoignait un jour de sa conversion; c’est lorsqu’il est devenu père qu’il a vu jaillir en lui des sources jusque-là inconnues d’amour qu’il a cru en Dieu. Et nous devons penser que ce qui est dit de la maternité et de la paternité selon la chair vaut aussi, toutes proportions gardées, pour d’autres formes de ces expériences si riches et si totales.

N’oublions pas l’autre versant de la relation, ce qu’un enfant peut vivre et ressentir vis-à-vis sa mère et son père. L’expérience n’est certes pas identique chez les uns et chez les autres mais elle a chez tous des effets prolongés, positifs ou négatifs. La place que des parents tiennent dans le cœur de leurs enfants et, à l’opposé, les recherches et comportements que leur absence peut causer témoignent de tout ce qu’on a à recevoir d’une mère et d’un père, et de tout ce qu’on peut attendre avec certitude de notre Père des Cieux, en infiniment plus grand. S’il y a des temps d’incompréhension, si un enfant a de la difficulté à saisir ce qui se passe chez ses parents et parfois à croire en leur amour, rien n’est définitivement joué: pendant un temps on voit ses parents de l’extérieur mais un jour tout change lorsqu’on devient soi-même parent. Tout alors s’éclaire à nouveau parce qu’on saisit de l’intérieur ce qu’il y a dans le cœur d’une mère et dans celui d’un père. Et par une grâce inattendue, certaines personnes se donnent alors à elles-mêmes les parents qu’elles n’ont pas eus, en l’étant pour d’autres.

L’Esprit nous fait dire « Père »

C’est une chose belle et louable de comprendre des paroles et des textes inspirés, c’en est une toute autre de se les approprier, de les comprendre de l’intérieur et de les vivre comme Jésus lui-même. Et ainsi d’entrer dans la vie relationnelle qu’est la Trinité.

Pourrions-nous en vérité, et non en mots seulement, dire Père, mon Père, notre Père, si l’Esprit de Jésus ne nous habitait pas ? Si en nous inspirant des sentiments filiaux il ne nous donnait pas aussi la très grande audace de considérer le Créateur des Cieux, le Très Haut, le Trois fois Saint comme notre Père ?

Nous trouvons ici l’action de l’Esprit: il ne nous apporte pas un évangile nouveau mais il nous fait comprendre et vivre ce que Jésus nous a enseigné (Jean 14.26), et il nous conduit à la vérité totale (Jean 16.13,¬14), c’est-à-dire à la plénitude de sens et de vie. Parce qu’il est le même Esprit qui animait Jésus dans sa vie et sa mission, il est le seul qui peut nous conformer, nous identifier à notre Sauveur, au Fils Unique de Dieu, à notre Frère.

Je vis un ciel nouveau et une terre nouvelle (Apoc 21,1)

Les trois premières demandes

La fin des deux guerres mondiales, puis celle de la Guerre froide suivie de la chute du mur de Berlin, ont à chaque fois suscité d’immenses espoirs… jamais réalisés car l’être humain a trouvé d’autres moyens de prolonger les conflits ou d’inventer de nouveaux prétextes à se battre. Mais ce n’est pas seulement au siècle dernier que l’humanité a rêvé et espéré que la paix et l’harmonie régneraient dans notre monde. Huit siècles avant Jésus, le prophète Ésaïe (2.4s) voyait les nations réunies dans la ville du Seigneur, Jérusalem, détruisant toutes les armes et marchant ensemble dans la lumière du Seigneur. Tous ces rêves et toutes ces visions de bonheur, Jésus les reprend dans la prière qu’il nous enseigne. Le premier groupe de trois demandes oriente notre regard vers la réalisation définitive du plan que Dieu a conçu pour que l’amour et la vie règnent dans notre monde.

Ces trois demandes sont parallèles et leur contenu est semblable. Les deux premières s’apparentent étroitement à une prière qui terminait chaque cérémonie à la synagogue. Une vision semblable domine les demandes de cette prière juive et du Notre Père, celle de la fin de l’histoire que le Seigneur couronnera. De part et d’autre, on implore la venue de l’heure où le nom profané de Dieu sera sanctifié et son royaume établi pour toujours: Le royaume du monde est maintenant à notre Seigneur et à son Christ; il règnera pour les siècles des siècles (Apoc 11.15). C’est l’équivalent de la très ancienne supplique de l’Église exprimée en araméen, Maranatha (1 Cor 16.22), et en grec, Viens, Seigneur Jésus (Apoc 22.20).

Que ton nom soit sanctifié !

La sainteté désigne d’abord le fait d’être séparé. Dieu est saint, parce qu’une distance infinie le sépare de tout ce qui existe. La sanctification du nom, qui représente la personne de Dieu, est un thème familier à l’Ancien Testament. Quand il promet la restauration à son peuple exilé, le Seigneur affirme qu’il sanctifie son nom: Je sanctifierai mon grand nom qui a été profané parmi les nations au milieu desquelles vous l’avez profané (Éz 36.23). Dieu sanctifie son nom par la manifestation de sa puissance et de sa gloire, qui le révèle comme le seul vrai Dieu, à l’encontre des idoles des nations. Les membres du peuple élu sanctifient, de leur côté, le nom de Dieu en le reconnaissant comme leur seul Dieu et en se conduisant comme le peuple qui lui est consacré. En pratique, ils reconnaissent, par un culte exclusif et par l’observance de sa loi, le lien vital qui les rattache à leur Seigneur.

Cette première demande est donc une supplication à Dieu de se manifester dans le monde comme le seul Seigneur, afin que les humains lui consacrent leur personne. Cette demande concerne le moment présent, qui est imparfait, mais en progrès. Elle vise surtout la réalisation définitive et parfaite, vers laquelle tend l’histoire du salut.

Que ton règne vienne !

Cette deuxième demande reprend avec le thème du règne le même objet que la précédente et selon la même perspective. La représentation d’un dieu, vénéré comme leur roi, se retrouve chez tous les peuples orientaux. Israël a toujours exalté la royauté de Yahvé, dont le roi terrestre est seulement le représentant. Lorsque cette image visible de Dieu disparaît après l’exil à Babylone, Israël développe sa conviction que son seul roi est son Seigneur. Le peuple reporte toute son espérance sur Dieu, le suppliant d’établir rapidement son règne.

Rien d’étonnant dans ce contexte que la venue du Royaume soit devenue le thème central de la prédication de Jésus. En effet, les deux premiers évangélistes résument son ministère de la manière suivante: Le temps est accompli et le Royaume de Dieu est tout proche (Marc 1.15; Matt 4.17). Mais Jésus, tout en recourant au thème du Royaume, en corrige et complète la doctrine, la débarrassant de toute limite étroitement nationaliste.

Deux aspects du Royaume éclairent la portée du Notre Père: le Royaume est déjà présent aujourd’hui et il est un don de Dieu. Le Christ affirme que, avec sa venue, le Royaume est maintenant en voie de réalisation. Il est à la fois présent et futur. Cette tension de l’espérance chrétienne vers le futur est partout sous-jacente dans la prière du Seigneur. Le Royaume est un don gratuit du Père: N’aie pas peur, petit troupeau! car il a plu à votre Père de vous donner le Royaume (Luc 12.32). C’est Dieu lui-même qui l’instaurera, comme il le veut et quand il le veut. L’Église et les chrétiens ne peuvent que le désirer et s’y préparer par la prière, la conversion et la foi vigilante.

Que ta volonté soit faite !

Nous sommes nombreux à trouver que cette demande du Notre Père est la plus difficile à prononcer et à accepter. La crainte nous envahit, nous avons peur que Dieu exige le sacrifice de ce qui nous est le plus cher. Souvent nous savons déjà ce qu’il demandera. Pourquoi avoir peur de la volonté de Dieu? Parce que nous n’avons pas confiance qu’il veut notre bonheur mieux que nous-mêmes.

La volonté de Dieu ne désigne pas ici l’ensemble de ses commandements, mais le décret éternel concernant le salut de son peuple. Ce décret préexiste déjà au ciel. Les chrétiens demandent à Dieu de l’accomplir sur terre exactement comme le modèle céleste.
En général, Que ta volonté soit faite exprime d’ailleurs non un souhait, mais un décret de Dieu se réalisant même contre la volonté humaine, qui accepte de s’effacer devant la décision de Dieu.

Au jardin de l’agonie, lorsque Jésus revient prier une seconde fois, il s’écrie: Mon Père, si cette coupe ne peut pas être enlevée sans que je la boive, que ta volonté soit faite! (Matt 26.42) Au moment de la crise suprême, qui marque l’accomplissement du plan divin de salut, le Christ s’exprime exactement comme dans le Notre Père: il soumet sa volonté d’homme et se conforme au décret de son Père.

Quand nous avons l’illusion de bâtir notre avenir uniquement par nos propres talents, nous finissons par trouver le vide. Chacun de nous ressent en son cœur un désir de joie et un appétit de vie sans fin, qui dépasse complètement notre faiblesse. Nous sommes tous radicalement pauvres face à nos rêves. Pour apaiser notre désespérance et pour combler nos rêves, Jésus nous a enseigné qu’il faut lever les yeux vers le ciel et prier Dieu, en croyant à son amour de Père. La foi nous assure qu’il établira son règne de vie et de bonheur, car il sera tout en tous (1 Cor 15.28).

Donne-nous aujourd’hui…et notre pain éternel

La supplique en titre témoigne de l’importance du pain quotidien. Importance non seulement de cet aliment propre à assouvir la faim de nos estomacs, importance non seulement du symbole des biens temporels indispensables ou utiles à notre bien¬-être ici-bas, mais surtout importance du symbole de la Nourriture divine.

Plus que du pain

Oui, le pain demandé dans le Pater c’est bien davantage que du pain, c’est le …

  • symbole de l’aliment de base indispensable et préalable à ce qui le garnira, l’accompagnera, c’est aussi tout ce qui permettra au corps de se fortifier et de se développer harmonieusement et en santé: Mettre du beurre sur son pain.
  • symbole des biens communs, universellement répandus sous une multitude de formes, des biens abondants qui devraient être peu coûteux et accessibles à tous et partout dans le monde, sans égard à la fortune: Pour une bouchée de pain.
  • symbole des travaux plus éreintants que gratifiants, des tâches pénibles requises pour gagner décemment sa vie et celle des siens: Gagner son pain à la sueur de son front.
    symbole de la patience et de l’humilité nécessaire pour accomplir les tâches les plus modestes et les moins rémunératrices, la patience en attendant d’accéder aux échelons de la réussite et à une certaine prospérité: Manger d’abord son pain noir.
  • symbole des activités parfois accaparantes de la vie, des services bénévoles qui nous sont demandés et qu’un cœur généreux nous invite à accomplir sans compter au profit de nos semblables: Avoir du pain sur la planche.
  • symbole des précieuses richesses, des innombrables biens mis par la Providence à notre portée et que nous sommes invités à utiliser avec reconnaissance et modération, et à partager en toute justice: Bon comme du bon pain.
  • symbole du détachement, de la frugalité, de l’aptitude à se contenter du nécessaire pour mieux partager avec les moins bien nantis, pour se consacrer avec une plus grande application à l’essentiel: Manger son pain sec.

Pourquoi se gêner ?

En fait, quand nous demandons à Notre Père de nous donner notre pain quotidien, c’est beaucoup de choses. C’est tout le nécessaire, l’utile et même l’agréable pour une vie décente.

Quand, après avoir reconnu, salué, vénéré, souhaité l’extension de Son règne et l’accomplissement de Sa volonté, nous adressons à Dieu cette requête, nous faisons confiance à notre Père des cieux. Et, tant qu’à faire, à un Père en qui nous avons pleine confiance, pourquoi ne pas tout demander justement?

N’est-ce pas Jésus lui-même qui nous invite à parler ainsi, à prier ainsi son Père, Notre Père?

Et si j’ai assez de foi pour croire que mon Père sait mieux que moi ce dont j’ai besoin … pourquoi serais-je malheureux, déçu? Pourquoi perdrais-je confiance s’il ne m’accorde pas tout, tout de suite? Un Père éternel peut parfois décevoir des attentes temporelles. Mais les autres? Ma foi, mon espérance et Son Amour m’assurent et me disent: jamais!

Un Père aimant d’un amour infini, absolu, un Père juste et bon, un Père créateur du céleste banquet où toutes faims et soifs seront rassasiées ne peut refuser le nécessaire à un de ses enfants qui le lui demande avec ferveur, confiance et amour.

Le pain, ça se partage

Le Pain éternel est fait pour être partagé. Et plus il y aura de convives à en demander, plus il y en aura de ce Pain. Jamais de pénurie à craindre, jamais de rationnement, jamais de récoltes compromettant les stocks.

Mais l’autre pain, celui de croûte et de mie, celui que symbolisent les innombrables biens matériels si utiles, si agréables, si abondants…

Oui, il y a surabondance de production. Mais hélas, il y a problème de distribution, il y a injustice dans le partage, il y a abus et gaspillage pour une minorité de privilégiés, il y a privation et disette pour une majorité d’affamés.

Ce n’est pas le Notre Père qui fait défaut, ce n’est pas le Pater qui est incomplet. Y ajouterions-nous une strophe pour demander de donner du pain à ceux qui n’en ont pas, si nous n’acceptons pas de diminuer notre propre ration pour mieux la partager, rien n’y fera.

Un père sensé, toujours prêt à répondre à nos demandes légitimes et à nos besoins profonds, fût il Notre Père, est justifié d’hésiter et même de rejeter des requêtes purement égoïstes. Il sait bien, Lui, que des enfants trop gavés oublient parfois de bien se nourrir aux véritables sources d’aliments vivifiants pour l’âme et le corps, et en oublient le goût et les bienfaits.

Notre Père nous aime infiniment. Il ne nous refusera rien du nécessaire. Pour le superflu, nous aurions avantage à mieux partager avant de demander encore. Notre Père pourrait bien dans ce cas faire la sourde oreille à notre égoïsme. Pas un père sensé n’agirait autrement. À plus forte raison Notre Père.

Pardonnez-nous nos offenses comme nous pardonnons

Chaque jour, des milliers de fidèles font la demande de pardon de la prière du Notre Père : Pardonne-nous nos offenses comme nous pardonnons aussi à ceux qui nous ont offensés. Mais savent-ils bien ce qu’elle signifie? Une petite enquête m’a révélé que plusieurs priants du Notre Père font une mauvaise interprétation de la sollicitation de pardon. Ce court article désire d’abord élucider la confusion qui se glisse dans la requête de pardon, puis d’en présenter toute l’ampleur et la beauté.

L’interprétation erronée du pardon

Je fus étonné lors de mon enquête, de découvrir que plus de quatre croyants sur cinq mettaient un lien de causalité entre le pardon et nos pardons. Pour eux, la formule de la demande de pardon se lirait ainsi : Pardonne-nous nos offenses parce que nous aussi nous pardonnons à ceux … ou encore … dans la mesure où nous aussi pardonnons à ceux …

Une telle interprétation crée des problèmes de nature théologique et spirituelle. D’abord, elle semble subordonner le pardon de Dieu à nos pauvres pardons humains. Ceux-ci deviendraient ainsi la mesure du sien. Quelle erreur sur Dieu de croire qu’il doit limiter sa miséricorde à nos balbutiements de pardon ! Ce serait contredire saint Jean qui affirme clairement : Ce n’est pas nous qui avons aimé Dieu, mais c’est lui qui nous a aimés et qui a envoyé son Fils (1 Jean 4.10-11). En effet, c’est Dieu qui nous a aimés le premier, et non l’inverse. Aussi, son amour totalement gratuit n’a pas de limites en lui-même. Le seul obstacle possible à l’action de l’amour divin se situe dans notre tragique capacité de fermer notre cœur à son amour infini.

Jésus Christ nous a lancé une invitation radicale à pardonner au prochain. Mais le pardon est beaucoup plus qu’un simple devoir moral ou un commandement. L’apôtre Pierre en bon moraliste, avait un jour demandé à Jésus si on devait pardonner jusqu’à sept fois à un offenseur. Vous connaissez la réponse de Jésus : Non pas sept fois, mais soixante-dix fois sept fois (Matt 18.21). Pour le Seigneur, le pardon, loin d’être une affaire de comptabilité, est une attitude fondamentale et constante propre au chrétien. Il s’agit de rester constamment fidèle à l’amour du prochain, quelle que soit sa faute, comme Dieu nous demeure fidèle malgré nos fautes.

Nous arroger le pouvoir de pardonner, même en puisant dans toute la générosité de notre cœur, serait condamner nos tentatives de pardon à un échec permanent. En plus du poids de la blessure occasionnée par l’offense, nous serions écrasés par une tâche impossible à réaliser. Nous serions accablés d’un perpétuel sentiment de culpabilité et, par suite, de peur. Nous serions dans la crainte que Dieu ne puisse pas nous pardonner en retour. Mal comprendre la demande de pardon du Notre Père engendre, chez nombre de croyants, des difficultés énormes: ils se sentent incapables de pardonner et, par conséquent, se sentent dans une situation de non pardon vis-à-vis d’un Dieu qui exigerait un pardon immédiat et parfait en tout temps.

L’affirmation de sa pauvreté à pardonner

La vraie signification de la requête de pardon du Notre Père consiste à demander le pardon de Dieu afin que nous, à notre tour, puissions faire comme lui. Selon des exégètes, on pourrait ainsi lire cette sollicitation : Pardonne-nous nos offenses comme nous aussi, nous sommes en train de pardonner à ceux … C’est en fait dire à la fois notre volonté de pardonner et notre incapacité de le faire. Nous rejoignons ainsi la pensée de saint Paul lorsqu’il affirme que notre capacité de pardonner vient du fait que Dieu a fait les premiers pas : Le Seigneur vous a pardonné, faites de même à votre tour (Col 13.3), ou encore : Supportez-vous les uns les autres… vous pardonnant mutuellement comme Dieu vous a pardonné dans le Christ (Ép 4.32). Sans la force du pardon de Dieu à notre égard, nous sommes impuissants à pardonner à notre tour. Nos pardons humains ne sont en fait que l’écho de la voix de Dieu qui nous pardonne en premier lieu.

Ainsi comprise, la demande de pardon prend une toute autre allure: elle devient d’abord un acte de soumission à l’exigence chrétienne du pardon que nous pourrions exprimer ainsi: Je me mets en situation de pardonner; je désire agir en fils et pardonner comme Toi, mon Père. Je suis ouvert à la démarche de pardonner soixante-dix fois sept fois comme me le demande ton Fils Jésus Christ. L’important n’est donc pas d’avoir réussi à tout prix à pardonner comme d’être en cheminement de pardon. Notre demande de pardon se transforme alors en une déclaration de notre volonté de pardonner et de notre pauvreté à réussir. Nous savons trop bien notre incapacité de pardonner comme le dit le proverbe: Se venger est humain, pardonner est divin. Malgré notre envie de nous venger, malgré nos ressentiments, malgré la souffrance due à l’offense, nous croyons à l’amour et au pardon de Dieu; ce qui nous rend capables de pardonner à notre tour.

La gratuité du pardon de Dieu

Peut-être que la grande difficulté à pardonner vient de notre manque de foi dans la gratuité de l’amour divin. Nos expériences humaines d’amour nous ont appris que, souvent, nous devons payer pour l’amour reçu de nos parents, de nos éducateurs ou de nos amis. Aussi, nous avons développé l’attitude de vouloir gagner nos pardons par des prières, des sacrifices, des renoncements, des humiliations, etc. Pourtant la motivation fondamentale de pardonner vient du fait que nous puissions nous laisser aimer malgré la conscience de toutes nos fautes, nos laideurs, nos limites humaines. Croire à l’amour inconditionnel de Dieu qui nous a pardonné sur la croix: Pardonnez-¬leur car ils ne savent pas ce qu’ils font, c’est se rendre capable d’une pareille générosité envers ceux qui nous ont offensés.

Ne nous soumets pas à la tentation

Prise à contresens, cette demande peut choquer. Certains pourraient en effet y voir l’image d’un Dieu qui nous teste 19 en plaçant des tentations sur notre chemin. Des tentations qui seraient des sortes d’épreuves pour mesurer notre obéissance et vérifier si nous sommes assez fidèles pour résister. Une telle interprétation reflète une méconnaissance du sens biblique de la tentation.

L’étude des textes sacrés permet de faire ressortir certains aspects fondamentaux de la tentation :

  • elle est permise par Dieu comme une lutte contre le mal, mais elle (la tentation) ne vient jamais de Dieu;
  • elle est l’occasion de faire un choix libre;
  • le salut de l’homme dépend de sa libre réponse devant la tentation.

La tentation, lieu d’exercice de la liberté

Dans la Bible, la tentation est présentée, non comme un piège tendu par Dieu, mais comme le lieu d’apprentissage de la liberté de l’être humain. Dieu permet la tentation afin d’offrir l’occasion à l’homme d’exercer sa liberté. Sans la tentation, l’homme n’aurait pas à choisir et son amour pour Dieu serait un amour imposé, ce qui constitue une contradiction fondamentale. Dans son amour infini, Dieu respecte notre liberté, et cette liberté implique la possibilité de choisir à l’encontre de son amour. C’est d’ailleurs une des exigences les plus difficiles de l’amour, celle d’accepter que celui ou celle qu’on aime choisisse de s’éloigner de l’amour qui lui est offert.

Au début de la Genèse, Adam et Ève sont soumis, dès leur création, à la tentation (Gn 3.1-8). Dieu accepte que ses créatures aient la liberté de faire le bon comme le mauvais choix. Mais le texte nous montre clairement que ce n’est pas lui qui provoque cette tentation: Il(le serpent) dit à la femme… (3.1).

Pour nous, chrétiens et chrétiennes d’aujourd’hui

Si la tentation est souvent perçue comme une difficulté, nous pouvons aussi la voir comme un moment privilégié de choix. C’est l’occasion de vérifier et de démontrer notre préférence pour Dieu. Choisir d’aimer demande toujours des renoncements, la tentation est, en fait, l’occasion de prouver notre amour.

Dans l’évangile, la tentation est présente dès le début de la vie publique de Jésus: Alors Jésus fut conduit au désert par l’Esprit, pour être tenté par le diable (Matt 4.1). L’Esprit envoie Jésus lutter contre le mal. Le rejet des tentations constitue une victoire sur les forces qui détruisent l’homme et elle permet à Jésus de confirmer son choix fondamental: ne pas s’imposer par la puissance ou le merveilleux, mais obéir humblement à Dieu et tout attendre de lui.

On constate ici encore que, même si cette lutte contre la tentation est permise par le Père, la tentation elle-même ne vient pas de Dieu. Dans sa première épître, Jacques est on ne peut plus clair sur ce point: Que nul, quand il est tenté, ne dise: Ma tentation vient de Dieu. Car Dieu ne peut être tenté de faire le mal et il ne tente personne. Chacun est tenté par sa propre convoitise, qui l’entraîne et le séduit (Jac 1.13-14).

Imiter la réponse de Jésus représente un très grand défi dans une société où la recherche de la puissance et la réalisation de prodiges constituent la motivation des grands décideurs (politiciens, scientistes, administrateurs …).

Plus loin, lors de la première annonce de la Passion, on retrouve la lutte de Jésus contre la tentation. À Pierre, qui s’objecte au type de messianisme que le Père assigne à Jésus (être mis à mort et ressuscité), ce dernier répond: Passe derrière moi, Satan! Tu me fais obstacle, car tes pensées ne sont pas celles de Dieu mais celles des hommes (Matt 16.23). Ici encore, l’idée de combat est très claire, de même que celle du choix. Jésus repousse violemment la tentation qu’il identifie au mal, personnifié par Satan, et annonce clairement l’acceptation de la mission confiée par son Père.

On pourrait toutefois se demander si Jésus fait vraiment un choix ou s’il n’annonce pas plutôt un événement inéluctable. Dans trois circonstances, on découvre la confirmation que Jésus choisit vraiment sa mission: l’agonie au jardin de Gethsémani, l’arrestation et la comparution devant Pilate.

Dans sa prière à Gethsémani, Jésus affirme à deux reprises sa décision d’agir selon la volonté de son Père : … Non pas comme je le veux, mais comme toi tu le veux (Matt 26.39) et …  que ta volonté soit faite (Matt 26.42). Il faut bien comprendre que ce que le Père veut, ce n’est pas la souffrance et l’exécution de Jésus, mais la poursuite de sa mission, même si celle-ci entraîne Jésus vers la fin que l’on connaît.

Lors de son arrestation, Jésus atteste encore plus clairement qu’il fait un choix, lorsqu’il dit à Pierre: Penses-tu que je ne pourrais pas faire appel à mon Père, qui me fournirait aussitôt plus de douze légions d’anges? (Matt 26.53)

Lorsqu’il paraît devant Pilate, Jésus proclame à nouveau sa ferme intention de ne pas s’imposer par la puissance: Ma royauté n’est pas de ce monde. Si ma royauté était de ce monde, mes partisans auraient combattu pour que je ne fusse pas livré aux Juifs (Jean 18.36).

Choisir de vivre selon l’évangile implique des renoncements parfois très difficiles. 11 s’agit souvent de renoncer à la satisfaction d’un désir immédiat dont la recherche nous détourne du vrai bonheur qu’on ne peut atteindre que dans l’abandon à Dieu. Abandon et renoncement ne sont pas des termes très valorisés dans notre société où l’on prône plutôt le contrôle de son environnement, la sécurité matérielle et la recherche à tout prix du plaisir personnel immédiat.

Ne nous soumets pas

Si la tentation est le lieu privilégié pour exercer notre choix de Dieu, que veut alors dire cette demande de ne pas y être soumis ? N’y a-t-il pas là contradiction ? Il faut bien comprendre le sens de la demande. Il s’agit, non pas de demander de ne pas être mis en situation de choisir, mais bien de nous éviter une tentation au-dessus de nos forces, qui nous amènerait à nous détourner de Dieu. Matthieu confirme cette interprétation en complétant la demande par l’ajout Mais délivre-nous du mal, ajout qui n’apparaît pas dans le texte de Luc. Soumettre n’est d’ailleurs pas la traduction la plus exacte du terme inscrit dans l’évangile. Le verbe utilisé signifie plutôt faire entrer. On comprend alors mieux le sens de la demande: plutôt que de nous faire entrer dans la tentation, comme on entrerait dans une prison, on demande à Dieu de nous libérer du mal.

Quelle tentation ?

Il ne faudrait pas croire que la demande du Notre Père porte surtout sur les petites tentations quotidiennes. Ce n’est pas pour rien que l’on dit à la tentation et non aux tentations. La tentation dont il est question ici ne réfère pas à un ensemble de préceptes ou de règles imposées auxquelles on serait tenté de se soustraire, mais à un choix fondamental qui détermine l’orientation de tout le vécu; vivre en s’abandonnant à la volonté de Dieu (qui est le bonheur de l’homme) ou s’éloigner de lui pour ne s’en remettre qu’aux forces matérielles.

La faute de nos premiers parents n’en fut pas une de gourmandise ou même de désobéissance; elle consistait plutôt à refuser de s’en remettre à Dieu pour savoir ce qui est bon ou mauvais pour l’homme. De même le refus de Jésus ne porte pas d’abord sur la satisfaction de besoins physiques fondamentaux (la faim), pas plus que sur le plaisir de détenir des biens matériels ou une certaine puissance; ce que Jésus refuse, c’est de soumettre son destin et sa mission à ces éléments. La demande du Notre Père porte sur la tentation fondamentale à laquelle furent soumis Adam et Ève, le peuple Juif et Jésus, et à laquelle nous sommes, à notre tour, soumis constamment: s’éloigner de Dieu pour asservir notre vie aux faux dieux de la consommation effrénée, de la soif du pouvoir et de la richesse.

Une réponse qui détermine le salut

Dans chacun des épisodes cités, la réponse à la tentation est présentée comme déterminante pour le salut de l’humanité. Le choix fait par Adam et Ève entraîne un bris dans leur relation d’amour avec Dieu, l’homme et la femme se cachèrent, et la Genèse indique les conséquences pour toute l’humanité: douleur, convoitise, relation dominants-dominés, brisure de l’harmonie avec la nature, adversité, peine et fatigue. Les choix de Jésus, au contraire, procurent le salut de l’humanité.

Cette dynamique se vérifie dans toute l’Histoire Sainte: chaque fois que les Juifs s’éloignent de Yahvé et choisissent d’autres dieux, il s’ensuit une série de malheurs. Un retour vers Yahvé amène la fin de leurs déboires et l’accomplissement des promesses de celui-ci.

De plus en plus, on se rend compte que les voleurs prônées dans notre monde aboutissent à un sentiment de vide et de déception. Nos sociétés contemporaines ont surtout misé sur la science, la technologie et la capacité de l’homme à se donner seul le bonheur.

Malgré ses progrès prodigieux, la science n’a que peu contribué à la diminution de l’ensemble des souffrances humaines. Si elle a permis d’expliquer le comment des choses, elle n’a pu apporter de réponses aux questions sur le sens de la vie. Pour ce qui est du progrès technologique, on a longtemps cru qu’il améliorerait le sort de l’humanité; on constate, de plus en plus, qu’il ne profite, en fait, qu’à une partie privilégiée de la population et qu’il contribue dans bien des cas à accentuer l’écart entre les démunis et les nantis.

De plus, même ceux qui profitent des progrès de la science et de la technologie se rendent compte que ceux-ci n’augmentent que leur confort quotidien, mais n’apportent pas la joie de vivre. Quant à la capacité pour l’humanité de créer elle-même son bonheur, il suffit d’observer autour de soi pour constater que le véritable bonheur de vivre est souvent absent et qu’il ne découle jamais essentiellement de réalisations matérielles.

Ces échecs, ces déceptions, et le vide qui en découle, illustrent ce que devient la destinée de l’homme lorsqu’il succombe à la tentation de s’en remettre à ses seules forces. Dans ce contexte, les chrétiens et chrétiennes sont appelés à démontrer, par leur témoignage dans leur milieu, que l’avenir heureux de tout être humain, de toute société et de l’humanité dans son ensemble dépend de la capacité de se détourner de cette tentation pour s’en remettre au plan de Dieu.

Les armes de Jésus contre la tentation

Le récit de la tentation au désert nous indique un premier moyen utilisé par Jésus pour lutter contre la tentation. Il s’agit de la parole de Dieu. En effet à chaque tentation, Jésus répond par une citation biblique: Il est écrit…

Une seconde arme est mentionnée dans le récit de l’agonie au jardin de Gethsémani. Il s’agit de la prière: Priez pour ne pas tomber au pouvoir de la tentation (Luc 22, 40ss).

Ces récits nous font voir que la seule façon de lutter efficacement contre la tentation est de se tourner vers Dieu, soit en écoutant sa parole, soit en s’adressant à lui pour le prier.

La lecture de la Bible et la prière ne devraient pas être perçues comme des obligations imposées pour mériter le salut, mais comme un moyen de nous prémunir contre la tentation qui risque de nous faire quitter le chemin du vrai bonheur. Nous devons nous rappeler que Avec la tentation, Dieu donnera le moyen d’en sortir et la force de la supporter (1 Cor 10.13); à nous de décider d’utiliser ou non ce moyen.

Jean-Louis D’Aragon SJ