2e Semaine Ordinaire

2021/01/23 – Mc 3, 20-21

By dimanche 27 décembre 2020 No Comments

Cette scène et celle qui, par la suite, la complète (3, 31-35) nous surprennent et même nous déconcertent. Non seulement les membres de sa famille ne croient pas en Jésus, leur frère, mais ils jugent qu’il a perdu la raison, qu’il est fou! Comment comprendre cette intervention de leur part?

Le Christ Jésus est donc un scandale pour ses compatriotes juifs et même pour ses proches (1 Cor 1, 18s). Tout prophète doit affronter l’incompréhension des gens à qui il adresse son message, un message qui ne vient pas de lui, mais de Dieu qui nous dérange toujours. Jésus vient de Dieu, sa personne, son enseignement et sa manière d’agir incarnent le mystère de Dieu. Comment pourrait-on s’étonner qu’on ne le comprenne pas et que les siens en viennent à juger qu’il a perdu la raison? Le père de François d’Assise n’a-t-il pas dénoncé son fils à l’évêque de l’endroit, pour ensuite le renier? Avec une terrible franchise, Jésus préviendra les disciples qui le suivront: « On aura pour ennemis les membres de sa propre famille » (Mt 10, 36).

Deux univers s’opposent. L’un se prétend réaliste, proche des réalités terrestres, où il n’y rien d’absolu, où il faut être disposé aux compromis. L’autre apparaît utopiste, relevant du rêve, hors de la réalité dans laquelle on vit. Pour bien comprendre cette opposition, il est éclairant d’esquisser quelques traits contradictoires entre ces deux univers, ceux qui s’affrontent dans la scène que nous rapporte l’Évangile d’aujourd’hui.

L’univers des parents de Jésus

Pour quels motifs jugent-ils que Jésus a perdu la tête et qu’ils doivent le ramener à la maison? Il a quitté Nazareth où il exerçait le métier de charpentier qui assurait un revenu convenable pour vivre. Au lieu de cette sécurité, il a quitté subitement son foyer pour devenir un prédicateur itinérant. Aucune personne sensée quitterait un négoce bien rémunéré pour aller sur les routes, vivant au hasard des circonstances et n’ayant même pas un endroit fixe pour se reposer (Mt 8, 20).

En plus de cette vie itinérante sans sécurité, Jésus provoquait les autorités en place par son enseignement et sa manière d’agir. Jean Baptiste avait déjà été emprisonné, en attendant d’être exécuté, pour avoir dénoncé l’adultère du roi Hérode. Le même sort attendait probablement Jésus. De plus, il critiquait les Pharisiens et les docteurs de la Loi, que le peuple écoutait et admirait. La famille de Jésus pouvait prévoir un affrontement tragique avec les autorités de l’époque, politiques et religieuses, qui le submergeraient.

Jésus avait recruté autour de lui un petit groupe misérable, quelques pêcheurs du Lac de Galilée, un publicain converti et un nationaliste fanatique, tous des galiléens méprisés par l’élite de Jérusalem. Aucun homme sensé n’aurait choisi de tels amis pour favoriser sa carrière. Que pouvait-il espérer d’eux?

Les exigences de sa mission

À l’encontre des siens et de toute préoccupation humaine, Jésus dédaignait la sécurité que le monde recherche. Une règle unique le dirigeait, la volonté de Celui qui l’avait envoyé et la mission qu’il lui avait confiée. Rien ne pouvait s’opposer à la vérité de Dieu. Aussi Jésus était indifférent à l’opinion des gens autour de lui, même des dirigeants politiques ou religieux.

Pour devenir son disciple, il fallait le suivre dans cette intransigeance de la vérité. Le monde dira que le chrétien, le témoin du Christ, est un fanatique, n’acceptant aucune compromission. C’est la vérité qui est intransigeante, elle exige le renoncement à toutes les faussetés. Celui qui a découvert l’Absolu écarte tout ce qui est relatif. Jésus reflétait cet Absolu, au-delà de nos limites humaines, de nos hésitations et de nos doutes. Aussi les contemporains de Jésus et les foules à travers les siècles ont été fascinées par la vérité qu’il proclamait.

Jean-Louis D’Aragon SJ