L'évangile de mardi (Jn 13, 21-33.36-38)

On est juste avant la fête de la Pâque juive, la fête du “Passage”, le passage de l’ange qui força le Pharaon à laisser partir les Israélites. C’est la fête de la libération d’Israël. C’est maintenant l’heure du passage de Jésus à son Père. C’est l’heure de la nouvelle Pâque et le moment d’un repas de Jésus avec ses disciples, le dernier avant d’aller au jardin des oliviers.

Jésus est bouleversé et leur annonce: “L’un de vous me trahira”. Les disciples se regardent sans comprendre. Pierre fait signe à Jean de demander qui c’est. Jésus lui donne une indication: il trempe une bouchée et l’offre à Judas. Il lui dit: “Ce que tu fais fais-le vite.” Judas sort: dehors il faisait nuit. Jésus parle ensuite de son passage à la fois comme la glorification de Dieu et comme d’un retour à la gloire de Dieu. Mais les disciples ne peuvent avoir accès tout de suite à cette gloire. Pierre proteste: il est même prête à donner sa vie pour rester avec Jésus.  Mais Jésus lui annonce son reniement.

Dans ces textes, on peut voir deux dimensions. La première, c’est la dimension terre à terre, celle que tous peuvent voir à première vue, même ceux qui n’ont pas la foi en Jésus. Jésus va être trahi par un de ses douze disciples qui le livrera aux autorités religieuses. Un autre le reniera trois fois et les autres disparaîtront au moment de son arrestation. Les autorités religieuses le condamneront pour blasphème et Pilate le fera crucifier en tant que dangereux prétendant à la royauté. En somme, c’est un Messie qui, comme plusieurs autres à l’époque, finit par un échec retentissant. Paul résume la vision de cette première dimension ainsi: “un Christ crucifié, scandale pour les Juifs et folie pour les païens”. (1 Cor.1,23) 

Pour le moment, les disciples ne comprennent pas. Alors Jésus leur révèle la dimension cachée de ces événements en leur déclarant : “Maintenant le Fils de l’homme est glorifié, et Dieu est glorifié en lui.” (Jn.13,31) Jésus célèbre le triomphe de la Passion comme s’il était déjà accompli. La croix représente la fin et l’accomplissement de sa mission terrestre. L’évangéliste avait indiqué au début de la description de ce dernier repas qu’on arrivait à un sommet : “Jésus, sachant que son heure était venue de passer de ce monde vers le Père, ayant aimé les siens qui étaient dans le monde, les aima jusqu’à la fin.” (Jn.13,1) Jusqu’à la fin”, c’est-à-dire jusqu’au terme et au sommet. Il dira: “Nul n’a plus grand amour que celui-ci: donner sa vie pour ses amis.” (Jn.15,13) C’est ainsi que se trouve complètement réalisé ce qu’il avait déclaré à Nicodème : “Dieu a tant aimé le monde qu’il a donné son Fils unique.” (Jn.3,16) C’est en montrant jusqu’où va ce don qu’en Jésus “Dieu est glorifié”. Maintenant, il va passer au monde du Père et retrouver sa propre gloire. C’est la dimension cachée de la Passion, qui nous fait entrevoir la dimension de l’amour de Jésus.

Jean Gobeil SJ

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