L'évangile du samedi (Lc 20, 27-40) - St Clément 1er, pape et martyr, St Colomban, abbé

Les familles des grands prêtres formaient l’élite riche et dominante de la société juive de la Palestine, au temps de Jésus. Ils contrôlaient le Temple et toutes les cérémonies qui s’y déroulaient. Ils vivaient dans le luxe et, comme tous les favorisés de ce monde, ils étaient conservateurs, voulant maintenir un état des choses qui les avantageait. Conservateurs au plan social, ils l’étaient aussi dans le domaine religieux. En conséquence, ils n’acceptaient comme Écriture inspirée et normative de leur conduite que la “Torah”, les cinq premiers livres du “Pentateuque”, attribués à Moïse. Le message des prophètes les dérangeait trop.

Dans les cinq livres attribués à Moïse, il n’est pas question de la résurrection. Aussi les Sadducéens n’admettaient pas comme une vérité la résurrection des morts; leur espérance se limitait à l’existence présente sur terre. De fait, l'affirmation claire et explicite de la résurrection apparaît tardivement dans la Bible, seulement vers l’an 167 av. J.C., à l’époque de la persécution du roi grec Antiochus Épiphane, dans les livres de Daniel et des Maccabées.

L’argument que les Sadducéens proposent à Jésus contre la vérité de la résurrection est le même qu’ils opposaient avec succès aux Pharisiens. Leur argumentation se basait sur la loi du lévirat. Puisqu’on ne croyait pas autrefois à une survie personnelle au-delà de la mort, la prolongation de la vie dans un descendant devenait essentielle. Un enfant était signe de la bénédiction de Dieu. Mourir sans un enfant à qui on a transmis sa propre vie, c’était une malédiction. Aussi Moïse, pensait-on, avait voulu écarter cette malédiction par une fiction légale: le frère du défunt devait épouser sa veuve pour procurer un descendant à celui qui était décédé sans enfant. La vie devait continuer au-delà de chaque individu.

Un tel argument suppose que la vie au-delà de la mort prolonge tout simplement celle d’ici-bas, qu’elle est du même genre que celle de la vie présente. Les Pharisiens admettaient eux aussi que la vie de la résurrection serait de la même nature que celle que nous connaissons, même si elle serait bien supérieure. Puisque cette vie nouvelle ne devait être qu'une pure prolongation de la vie présente, ils ne pouvaient répondre à l’objection des Sadducéens contre la résurrection.

La réponse de Jésus

Jésus partage la même croyance que celle des Pharisiens concernant la résurrection, mais son argumentation est autrement plus convaincante que la leur pour réfuter les Sadducéens. Le Christ développe deux preuves pour affirmer la vérité de la résurrection.

À l’encontre des Sadducéens et des Pharisiens, Jésus affirme que la vie dans le monde à venir est tout à fait différente de l’existence que nous connaissons ici-bas. Un des buts essentiels du mariage sur terre est de perpétuer la vie par la procréation. Dans le monde de l’au-delà, les bienheureux jouissent d’une vie éternelle. Comme les justes ne meurent pas, il n’est plus nécessaire de perpétuer la vie par la procréation dans le mariage.

À part cet argument d’ordre logique ou théologique, Jésus ajoute une preuve tirée de l’Écriture, pour se conformer à la coutume de ses interlocuteurs et les réfuter sur leur propre terrain. Jésus pourrait invoquer le Livre de Daniel, qui affirme explicitement la résurrection des morts. Mais les Sadducéens n’admettent pas le Livre de Daniel comme inspiré par Dieu et normatif de leur foi. Pour se conformer aux limites imposées par ses interlocuteurs, qui ne reconnaissent que le Pentateuque, Jésus invoque donc un passage du Livre de l’Exode (3,6).

Dans la scène du buisson en flammes, le Seigneur rappelle à Moïse son Alliance avec les trois patriarches, ses ancêtres. Une alliance s’établit entre deux personnes vivantes, et non pas entre un être vivant et un mort. Dieu ne dit pas: “J’étais le Dieu d’Abraham…” mais “Je suis (présentement) le Dieu d’Abraham,…” Cette affirmation divine implique que les patriarches sont toujours vivants, même s’ils ont vécu environ six siècles avant Moïse.

L’amitié de Dieu n’est pas éphémère, passagère, mais elle est fidèle et constante. Il a dit au prophète Jérémie: “Je t’aimé d’un amour éternel.” (Jér 31,3) Une telle affirmation, il la répète pour chaque personne qu’il a créée par amour. Le Livre de la Sagesse nous confirme cet amour de Dieu: “Tu aimes tout ce qui existe et tu n’as de dégoût pour rien de ce que tu as fait, car si tu avais haï quelque chose, tu ne l’aurais pas formé.” (Sag 11,24)

L’approbation des docteurs de la Loi, qui sont des Pharisiens, confirme leur foi dans la résurrection des morts, qu’ils parvenaient mal à défendre face aux Sadducéens. Ils sont pleinement d’accord avec Jésus sur la vérité de la résurrection et ils admirent les preuves qu’il développe pour la mettre en lumière.

Conclusion

La perspective éphémère et limitée des Sadducéens se perpétue à toutes les époques chez les gens qui réduisent leur désir de vivre à leur existence d'ici-bas et à ses plaisirs qui s'envolent en fumée . Pas d’ouverture sur l’avenir, pas d’espérance après la mort! Les impies avouent tristement: “Notre existence s'écoule sans laisser plus de traces qu'un nuage... Notre vie est une ombre qui passe... Eh bien, jouissons donc des biens présents!” (Sagesse 2,4s)

La question fondamentale est celle-ci: “Croyons-nous à l’amour de Dieu, qui nous a créés par pure gratuité, pour nous inviter à répondre librement à son offre d’Alliance? Croyons-nous que la gloire de Dieu, c’est la personne humaine vivante et pleinement épanouie?” (Saint Irénée)

Jean-Louis D’Aragon SJ 

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