L'évangile du samedi (Mc 16, 9-15)

Le dernier chapitre de l'Évangile de Marc commence avec la venue des femmes au tombeau de Jésus. Elles viennent pour compléter son ensevelissement. (16,1-8). Elles voient qu'on avait roulé de côté la très grande pierre qui fermait l'entrée du tombeau. Au lieu du corps de Jésus, elles aperçoivent un jeune homme qui leur annonce qu'il est ressuscité. Elles reçoivent la mission d’annoncer à ses disciples qu'ils le verront en Galilée. Au lieu de communiquer cette bonne nouvelle, « elles ne disent rien à personne, » elles s'enfuient, tremblantes de peur.

Ce qui suit cette scène (16,9-20) n'a pas de lien précis avec ce qui précède. Un examen attentif montre que ces douze versets se divisent en cinq petites unités. Chacune d'elles reprend et résume une apparition du Ressuscité, que rapportent les trois autres évangiles.

1)Le passage débute avec l'apparition à Marie Madeleine (vv.9-11), que Jean 20,1.11-18 relate en détail. On ajoute ici que les disciples ne croient pas le té­moignage de Marie. Le refrain de l'incrédulité des disciples revient dans les deux scènes suivantes (vv. 13,14).

2) Les versets 12-13 condensent le long récit des deux disciples qui se ren­daient à Emmaüs (Luc 24,13-35).

3)Le verset 14 rappelle succinctement l'apparition du Ressuscité aux onze disciples, telle que la relatent Luc 24,36-42 et Jean 20,19-23.

4)La mission universelle confiée aux disciples (vv.15-18) reprend l'ap­parition finale de Matthieu 28,16-20, avec quelques nouvelles précisions. Pour la troisième fois, on mentionne avec insistance le refus de croire manifesté par les disciples.

5)La dernière scène (vv.19-20) est celle de l'Ascension (Luc 24,50-53 et Actes 1,6-9), à laquelle on a joint l'activité missionnaire, telle que l'évoque le Livre des Actes.

Il est facile de constater que le but de l'auteur qui a compilé ces récits d'ap­parition n'était pas de raconter ces faits, mais simplement de les rappeler. Au moyen de cet ensemble condensé, on était en mesure d'évoquer toutes les appari­tions que rapportaient les trois évangiles de Matthieu, Luc et Jean. Puisque ce ré­sumé dépend des trois autres évangiles rédigés entre les années 80 à 100, il est évident que Marc (vers l'année 70) ne peut en être l'auteur et qu'il n'a pas voulu cette finale pour son évangile.

L'évangile de Marc se termine donc avec la scène des femmes tremblantes de peur, qui s'enfuient du tombeau (16,8). Les disciples n’ont pas compris l’enseignement du Christ. L’un d’eux l’a trahi. Au moment de la Passion du Maître, ils n’ont pu surmonter l’épreuve et ils ont fui, abandonnant Jésus. Même le chef de leur groupe, Pierre, l’a renié trois fois. Mais, au moins, les femmes furent fidèles jusqu’à la croix : « Elles étaient là et regardaient de loin. » (Mc 15,40)

Mais voici que ces modèles de fidélité trahissent leur mission d’évangélisatrices. Au lieu de croire à la Bonne Nouvelle que la vie a triomphé de la mort, elles tremblent de peur et fuient « loin du tombeau. » (Mc 16,8) L’énorme pierre, qui fermait le tombeau, avait été mystérieusement déplacée. Un jeune homme, vêtu d’une robe blanche, leur dit de ne pas s’effrayer, que Jésus, revenu à la vie, « n’est pas ici ». Elles reçoivent la joyeuse mission de proclamer la Bonne Nouvelle aux disciples du Ressuscité. Au lieu de remplir l’ordre reçu du ciel, elles s’enfuient sous l’effet de la peur.

Ces femmes étaient demeurées fidèles à Jésus, en contraste avec les dis­ciples. Maintenant, par une étrange ironie, les femmes, qui entendent parler de la résurrection de Jésus, s'enfuient par peur, comme les disciples. Ceux-ci furent infidèles parce qu'ils n'avaient pu assumer la mort de Jésus. Les femmes, qui avaient eu le courage de faire face à cette mort, sont déconcertées et tremblantes de peur, quand on leur dit que Jésus n'est plus mort. Elles sont incapables de faire face à la vie.

Personne finalement n'a réussi à être parfaitement fidèle à Jésus. Marc relate la faillite des disciples et celle de la désobéissance des femmes, secouées par la peur. La réconciliation des uns et des autres avec Jésus ressuscité aura lieu en Galilée, comme Jésus l'avait promis.  Il est probable que Marc a voulu mon­trer que la puissance du Christ res­suscité était seule capable de réconcilier avec lui-même et avec Dieu une hu­manité adonnée à la peur, à la désertion et même à la trahison.

Une telle conclusion de l'évangile a paru énigmatique et abrupte. Comme on ne comprenait pas que cette Bonne Nouvelle puisse se terminer de cette manière, on a cru opportun de la compléter en lui ajou­tant le condensé des apparitions du Ressuscité, qui circulait depuis quelques années, indépendamment du deuxième évangile.

Jean-Louis D’Aragon SJ

         

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