L'évangile du samedi (Mt 5, 33-37)

Dans le territoire païen de Césarée de Philippe, Jésus demande à ses disciples: Pour vous, qui suis-je? Pierre répond en son nom et au nom des Douze: Tu es le Messie, le Fils du Dieu vivant. Jésus déclare que cette profession de foi lui vient du Père et lui donne le nouveau nom de Pierre. Il lui déclare qu’il sera le roc sur lequel l’Église sera bâtie. Il aura le pouvoir de lier et de délier, c’est-à-dire de défendre ou de permettre.

Si on suit l’ordre de Matthieu, on voit que Jésus s’est éloigné des territoires juifs et en même temps des foules. Il a commencé par aller dans le territoire de Sidon (Liban) au nord de la Galilée puis, toujours au nord mais plus à l’est, dans le territoire du tétrarque Philippe aux sources du Jourdain.  C’est comme s’il avait voulu par là se consacrer à ses disciples et les préparer à aller plus loin dans la connaissance de sa personne.

Jésus commence par demander aux Douze qu’est-ce que les gens disent de lui. La réponse est que les opinions varient et restent incertaines. Il leur demande alors qu’est-ce qu’ils pensent, eux. Pierre fait sa déclaration qui est une profession de foi: Tu es le Messie, le Fils du Dieu vivant. Jésus non seulement accepte cette identification mais il la prend dans son sens complet qui dépasse la pensée de Pierre. C’est pour cela qu’il ajoute  qu’elle provient d’une révélation du Père. Pour être fidèle à cette révélation, Pierre devra progresser dans la foi, car, comme la suite du récit le montre,  sa notion du Messie n’inclut pas la souffrance.

C’est pourtant avec cette foi incomplète que Pierre se fait dire qu’il sera le fondement de l’Église. Pour indiquer cette nouvelle vocation, Jésus donne à Simon un nom nouveau, comme Dieu avait donné un nom nouveau à Abram. On ne connaît pas d’emploi de Pierre comme nom, que ce soit en grec ou en araméen.

Le mot Eglise (ekklesia) est employé pour la première fois. Dans le monde politique, il signifiait une convocation de ceux qui étaient qualifiés pour prendre des décisions. La traduction grecque de l’Ancient Testament l’employait pour traduire le peuple de Yahvé, c’est-à-dire l’assemblée de ceux qui ont été convoqués par Dieu. Jésus parle donc d’un nouveau peuple de Dieu dont Pierre est maintenant établi comme fondement. L’importance de Pierre, qui n’a rien d’un héros, est un peu paradoxale. Mais ce n’est pas accidentel puisque la même chose revient dans l’évangile de Jean.

Dans l’évangile de Jean en effet,  il y a, après la résurrection, une apparition de Jésus près du lac de Tibériade (21,13).  Jésus demande à Pierre, par trois fois, m’aimes-tu. Les deux première fois, il emploie un mot qui signifie un amour qui veut le bien de l’autre, un amour complètement désintéressé (agapan). Pierre, qui se rappelle ses reniements, n’ose pas répondre en employant le même mot. Il répond: Tu sais que je t’aime-bien (philein). La troisième fois, Jésus emploie le même mot que Pierre comme pour accepter que son amour soit imparfait. Pierre fait la même réponse. Et pourtant, à chaque réponse de Pierre, Jésus a fait une triple investiture: pais mes agneaux, pais mes brebis, c’est-à-dire je t’établis pour régir mon troupeau, mon peuple, même si ta foi a encore des faiblesses. .

C’est donc très finement dire que Dieu n’a pas besoin d’instruments parfaits pour que sa force agisse  à travers eux. Paul dira: Lorsque je suis faible, c’est alors que je suis fort car Dieu lui a révélé : Ma puissance se déploie dans la faiblesse.  (2Cor.12,9.10)

Sa vie, après sa conversion, sera une belle illustration de l’action de cette force de Dieu. C’est lui qui fonda le christianisme en Asie Mineure et en Grèce. C’est par ses lettres que les églises se communiquaient les unes aux autres qu’il a eu l’influence la plus durable sur tout le christianisme. Ses exposés de la doctrine et de la morale de la foi chrétienne sont demeurés des sources d’inspiration.

L’église saint Paul hors les murs, près de Rome, conserve depuis des siècles la tradition d’être le site du tombeau de saint Paul. Devant l’entrée on a mis une statue de Paul et à côté une statue de Pierre. Dans leur importance pour le christianisme, on n’a pas voulu les séparer.

Jean Gobeil SJ 

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