L'évangile de la Veillée Pascal (Lc 24, 1-12)

La Veillée pascale est le sommet de l’année liturgique. Au cours d’une année, la liturgie déroule une vue générale de l’histoire dirigée par Dieu, depuis la création jusqu’au triomphe final. Cette victoire définitive sur le mal et la mort se réalise dans et par le Christ ressuscité. Tous ceux et celles qui sont unis à leur Sauveur par la foi participent à sa vie glorieuse.

Fidélité récompensée

Ce n’est pas l’espérance qui entraîne les femmes au sépulcre le matin de Pâques, c’est la fidélité à Jésus, qu’elles ont suivi jusqu’à la croix et dont elles veulent compléter l’ensevelissement, qu’elles ont dû improviser, le vendredi soir. Elles furent témoins de la mort de Jésus et de sa mise au tombeau.

L’énorme pierre qui ferme l’entrée du sépulcre est leur préoccupation immédiate. Il faut la force réunie de deux hommes pour remonter cette masse dans la rainure en pente et la bloquer pour qu’elle ne descende pas de nouveau, bloquant encore l’ouverture du sépulcre.

Une surprise attend ces femmes. Contre toute attente, la pierre a été roulée et le sépulcre est ouvert pour leur permettre d’y pénétrer. Mais nouvelle énigme, le sépulcre est vide, le corps de Jésus a disparu. Que penser ? Violation du tombeau, comme il arrivait parfois pour les sépultures des gens riches ? Jésus avait bien annoncé sa résurrection, mais le sens de cette réalité mystérieuse leur échappait.

Comme les autres signes que Dieu nous présente, le sépulcre vide est une énigme. Celui qui ne croit pas et que la parole de Dieu n’éclaire pas ne peut que se poser des questions. Son intelligence ne perçoit que l’obscurité dans l’événement qui l’interpelle. Pour que l’énigme devienne un mystère, une intervention divine investie d’un message, il faut l’interprétation de l’Esprit.
Le sens du mystère

« Le vêtement éblouissant » signifie l’origine céleste des « deux hommes » qui se présentent aux femmes. Au moment de l’Ascension de Jésus, de nouveau, « deux hommes habillés en blanc » (Act 1,10) indiqueront aux apôtres le sens de cette élévation du Seigneur et leur rappelleront la mission universelle qu’il leur avait confiée. Cette présence des deux témoins célestes établit le lien entre la Résurrection du Christ et son Ascension glorieuse, qui garantit la mission de ses disciples.

Les deux anges signalent tout d’abord aux femmes l’erreur radicale de leur démarche : elles cherchent le « Vivant », la source de toute vie, parmi les morts. Pour comprendre leur erreur, elles devraient se rappeler les annonces répétées de Jésus sur le couronnement de sa mission. Celle-ci paraîtra un échec complet, avec sa mort sur la croix, mais Dieu a jugé, au contraire, que ce crucifié était le Juste et il l’a ressuscité.

C’est le devoir du souvenir, que le Ressuscité rappellera solennellement à ses disciples ce même soir de Pâques : « Quand j’étais encore avec vous, voici ce que je vous ai déclaré : ce qui est écrit à mon sujet…, tout cela devait se réaliser. » (Lc 24,44) Cet accomplissement des prophéties, de toute cette dynamique de l’histoire du salut, devait trouver son sommet dans la victoire ultime de la Vie sur la mort, comme le Ressuscité le rappellera aux disciples d’Emmaüs. (24,26s)

Étonnement, mais pas la foi

Quelle déception pour ces femmes, émerveillées par cette Bonne Nouvelle qu’elles apportent, mais qui ne rencontrent que l’incrédulité des apôtres. Non seulement ceux-ci refusent de croire, mais ils estiment « délirants » les propos des femmes.

Seul, Pierre, y prête attention. Sa fidélité à son Maître, en dépit de son reniement, le pousse à « courir au tombeau ». Il découvre le sépulcre vide, comme les femmes l’ont dit, avec seulement le linceul qui entourait le corps de Jésus. Ces indices provoquent son « étonnement », mais ils ne suffisent pas pour susciter sa foi. Il faudra la présence du Christ ressuscité et du rappel des prophéties pour affermir sa foi et avoir le courage d’affronter les foules de Jérusalem et les autorités du Sanhédrin (Act, chap. 2-4).

Conclusion

La personne de Jésus s’imposa à l’attention et à l’intérêt universels à travers les siècles. Il fut sans cesse une énigme pour les incroyants, mais un mystère pour les fidèles. Il en fut de même pour les autorités juives confrontées au tombeau vide du Christ, à l’opposé des premiers chrétiens. Lorsque le Christ sortit vivant du sépulcre, personne n’assista à ce miracle. Le secret du mystère central de toute l’histoire humaine demeura intact, tout comme son entrée dans le monde. Tout ce qui vient de Dieu est mystère, comme dit le prophète : « Vraiment, tu es un Dieu qui se cache, Dieu d’Israël, Sauveur. » (Is 45,15

Jean-Louis D’Aragon SJ
 

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