L'évangile du vendredi (Mt 6, 19-23)

Les conseils de la sagesse s'imposent à nous si nous désirons mener notre vie vers le succès et le bonheur. Le Sermon inaugural de Jésus, sur la montagne, présente une série de directives pour orienter sagement sa vie. Dans le présent passage de la liturgie, Jésus nous donne un avis précieux sur le véritable but de notre existence, la vraie vie, et sur la manière de voir cette vie.

Le véritable trésor

Mon beau-frère avait un petit chien, nullement attrayant, mais auquel il était attaché. "Après celui-ci, je n'en aurai plus d'autre" – me disait-il – "parce que j'ai trop de peine quand il disparaît." C'est le grand danger d'attacher son bonheur à ce qui passe. Tout est relatif et ne dure qu'un instant. Par contre, on ressent le besoin de s'attacher à quelque chose, un animal de compagnie et, encore plus, à une personne. Jésus nous enseigne que ce besoin naturel de s'attacher doit viser non ce qui passe, mais l'Absolu, qui demeure éternellement.

Jésus donne trois exemples, propres à son milieu, de biens attirants, mais fragiles, dans les domaines du vêtement, de la nourriture et de l'argent. Ce sont les biens que recherchaient les gens de cette époque, mais qui donnaient seulement l'illusion du bonheur. Les mites, la vermine (souris, rats,...) ou les voleurs montrent la précarité de ces biens qui devaient procurer le bonheur. Au début, ils procurent un plaisir, qui, malheureusement, s'affadit et s'évapore bien vite. Nous sommes tous comme les enfants qui sont éblouïs au début par le jouet qu'ils reçoivent. Après quelque temps, ce même jouet ne leur dit plus rien; ils le mettent de côté.

À notre époque, ils sont nombreux ceux qui ont l'impression d'atteindre le bonheur dans le plaisir sexuel. Le coup de foudre! Mais la foudre ne dure pas et la répétition rend rapidement le plaisir banal et fade. La drogue attire de nombreux jeunes, qui pensent y trouver une évasion de notre monde grisâtre. Mais l'usage affadit l'effet. Aussi il faut augmenter les doses et en venir à la dépendance et à la destruction de soi-même, qui conduisent au désespoir et au suicide.

Lorsque saint Laurent, diacre et administrateur de l'église de Rome, fut arrêté, le juge lui ordonna de livrer les trésors de sa communauté. Laurent montra les pauvres et déclara: "Voici nos trésors!" Ayant distribué les biens de l'église aux démunis, il pouvait affirmer que les trésors de l'église avaient pris le visage de ces pauvres, devenus les témoins de la charité dont ils avaient bénéficiée. À la mort, on n'emporte aucun bien extérieur. Comme un proverbe l'exprime d'une manière imagée: "Un suaire n'a pas de poche" pour contenir un trésor terrestre. Par contre, on possède pour toujours et on emporte ce qu'on a dans le coeur, l'amour qui s'est donné dans des actions de générosité.

L'oeil clair et l'oeil mauvais

L'oeil est la fenêtre par laquelle entre la lumière, mais il est aussi l'entrée pour pénétrer à l'intérieur de la personne que l'on examine. Une mère dit justement à son enfant qui a désobéi: "Regarde-moi dans les yeux." Dans le regard, on peut comprendre le caractère de la personne à qui on s'adresse. Il y a des regards fuyants, il y a des regards fourbes, mais il y a des regards limpides. "L'oeil clair" est celui qui ne cache rien, un regard sympathique qui s'ouvre à tous ceux qu'il rencontre. C'est le regard de  la personne généreuse dans ses jugements sur les autres, de celle qui se donne pour le bonheur d'autrui.

L'oeil mauvais, au contraire, est celui qui est empreint de préjugés défavorables sur les autres, qui prend plaisir à les déprécier et à les condamner. Devant le succès des autres, il éprouve de la jalousie. L'oeil égoïste ne communique guère, il s'isole pour s'emmurer en lui-même. Comment alors peut-il vivre avec les autres et avec Dieu?

Conclusion

On devient d'une certaine manière l'objet ou la personne à qui on se livre. Aussi est-il capital de bien discerner les liens qui nous attachent, à clairement évaluer pour quoi ou pour qui on sacrifie une part de sa liberté. Le monde nous veut nous persuader de livrer notre liberté à de fausses valeurs, à nous attacher à l'argent, au plaisir, aux honneurs, tous des mirages qui fascinent, mais qui s'évaporent en nous laissant blessés au coeur. Pour ne pas subir la déception du mirage, afin de ne pas donner son coeur et son idéal à la vanité, au vide, il faut orienter toutes ses aspirations vers l'Absolu, l'unique qui ne déçoit pas. Mais seul celui qui a "l'oeil clair", qui a le regard ouvert par la foi et l'amour, peut discerner le mystère de l'Absolu et le découvrir partout et, particulièrement, en lui-même, dans son coeur.

Jean-Louis D’Aragon SJ

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