L'évangile du vendredi (Lc 6, 39-42)

Jésus dit une parabole à la foule: un aveugle qui guide un autre aveugle tombera avec lui dans un trou. Le disciple doit être comme son maître (sinon il est un aveugle qui veut en guider les autres). Avant de guider un autre en voulant le corriger, un disciple doit d’abord voir à se corriger lui-même, sinon il est un aveugle.

Après le choix des Douze, Jésus s’adresse à une foule de disciples et à une foule de gens venus non seulement de Judée et de Jérusalem mais aussi de Tyr et Sidon, des territoires païens. Luc présente ce discours comme un discours inaugural adressé à tout le monde. Pour cette raison, à la différence du sermon sur la montagne de Matthieu, il évite des références qui supposeraient que ses auditeurs connaissent les particularités de la religion juive. En outre, il va parler de ce qui est le plus important dans le message du Christ.

Le point central est que Dieu est un Père, un Dieu d’amour et plus spécifiquement un Dieu de compassion, un point qui revient plusieurs fois dans l’évangile de Luc. Il précise la parole qu’on retrouve dans Matthieu, Vous serez parfaits comme votre Père céleste est parfait (Mt.5,48), en disant Montrez-vous compatissants comme votre Père est compatissant (6,36). C’est ainsi que Vous serez les fils du Très Haut car il est bon, Lui, pour les ingrats et les méchants (6,35). Pour les disciples de l’amour du Père, la conséquence est le commandement surprenant et fondamental: Aimez vos ennemis, faites du bien à ceux qui vous haïssent, bénissez ceux qui vous maudissent, priez pour ceux qui vous diffament (6,27-28). 

La compassion exclut le jugement ou la condamnation des personnes (6,37). Saint Jacques dans son épître revient sur ce point: Il n’y a qu’un seul législateur et juge, celui qui peut sauver ou perdre. Et toi, qui es-tu pour juger le prochain? (Jac.4,12) Il n’y a que Dieu qui puisse savoir quelle est la connaissance et l’intention d’une personne. Même si on n’approuve pas l’action de quelqu’un ou ses idées, cela ne nous dispense pas de la compassion pour cette personne.

Notre texte est un peu dans la même ligne. Quelqu’un peut, sous le prétexte de la charité, avoir un zèle intempestif et vouloir corriger les travers d’un autre, supposément “pour son bien”! Pour faire cela, il y a d’abord eu un jugement contrairement à la recommandation qui vient d’être faite.  Ensuite, il y a la tendance bien naturelle à voir les erreurs des autres beaucoup plus facilement que ses propres déficiences. On voit bien la poussière dans l’oeil de l’autre et on ne remarque pas la poutre qui est dans son œil à soi! Cette comparaison nous rappelle le style de Jésus en parlant du zèle des Pharisiens qui, pour purifier, filtre le moustique mais avale le chameau! (Mt.23,24) Le disciple qui veut devenir un disciple bien formé pour être comme son maître doit pour grandir se corriger au lieu de vouloir corriger les autres sinon il est cet aveugle qui prétend conduire un autre aveugle. En somme, la vraie compassion ne repose pas sur un sentiment de supériorité: elle est toujours humble.

Jean Gobeil SJ

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