L'Évangile du vendredi - (Lc 12, 1-7) - Ste Edwige ; Ste Marguerite Alacoque ; Ste Marguerite d'Youville

L’auditoire de Jésus est maintenant différent, mais le Christ continue la critique des Pharisiens qu’il avait commencé dans la salle à dîner où il avait été invité. Une foule considérable entoure Jésus et ses disciples. Quand le Christ s’adresse au cercle intime des siens, ce n’est pas pour leur communiquer un enseignement secret, mais pour les instruire, afin qu’ils soient en mesure de transmettre l’Évangile à tous. La foule, représentant l’humanité entière, entendra la Bonne Nouvelle du salut et du bonheur.

Le levain de l’hypocrisie

Ce ferment enfoui dans la pâte, symbolise la corruption et l’impureté. Le levain signifie l’enseignement des Pharisiens, qui mène à la ruine. Le danger de leur doctrine se cache sous un masque. L’hypocrite est celui qui revêt une façade qui contredit ce qu’il est intérieurement. Il affiche une apparence, comme les acteurs du théâtre ancien, qui changeaient de masques au milieu d’une pièce, selon l’un des rôles qu’ils devaient interpréter. Cette coutume du théâtre s’est transposée dans la vie des gens  à travers les âges et jusqu’à nos jours. Nous cédons tous à la tentation de porter un masque différent selon les personnes que nous rencontrons. Sommes-nous francs avec ceux que nous rencontrons? Parlons-nous de la même manière à un riche et à un pauvre! Au contraire de ce dédoublement de personnalité, la franchise consiste à afficher devant les autres ce que nous sommes intérieurement, sans essayer de jouer une comédie différente devant les gens que nous rencontrons.

L’hypocrisie produit deux conséquences néfastes. D’abord on veut par ce subterfuge tromper les gens à qui on s’adresse. Au moyen de ce jeu théâtral, nous leur montrons un visage qui n’est pas vraiment le nôtre, qui n’exprime pas ce que nous sommes. En les trompant, on détruit la confiance qui est la condition essentielle pour établir les ponts de communication avec nos semblables. L’hypocrisie détruit les relations avec tout le monde et enferme l’hypocrite dans l’isolement.

Mais, en plus, l’hypocrite s’inflige à lui-même un tort grave. Son dédoublement de personnalité, extérieure et intérieure, qu’il joue pour tromper les autres, l’amène à se tromper lui-même et...à se détruire. Toute division, qu’elle soit physique ou morale, est un mal qui détruit. Pensons au cancer ou à la schizophrénie, ces maladies aux conséquences mortelles. En dénonçant l’hypocrisie, Jésus nous engage à réaliser l’unité en nous-mêmes, pour notre santé physique et morale, qui est la condition fondamentale du salut et de la vie.

La manie détestable du secret

De nos jours, on réclame la transparence à tous les niveaux de la société. On déteste les "cachotteries". Pour être fidèles à l’enseignement de Jésus, nous, chrétiens, devons donner l’exemple de la transparence. Les secrets suscitent toujours des soupçons de tout ordre et détruisent les rapports humains. Ceux qui se cachent et qui ne sont pas francs se défient des autres et détruisent toute communication.

L’Évangile est le trésor qui enseigne le seul vrai chemin de la vie. Aussi il ne ressemble aucunement à ces religions à mystères, si populaires dans le monde gréco-romain, qui s'organisaient en clubs fermés. L’Église, qui prolonge la mission de Jésus, a le devoir d’être transparente et de ne pas essayer de cacher quoi que ce soit, même les scandales de son histoire. Tout secret finit pas être découvert et cette découverte, finalement, a des conséquences beaucoup plus graves que ce qui était caché. Devant le Juge suprême, tout secret disparaîtra. La vérité brillera aux yeux de tous.

Bannir toute peur !

Celui qui a éliminé l’hypocrisie de sa vie et qui ne cache rien est une personne franche et libre, que tous estiment. Elle ne craint rien, ni personne, sauf le Souverain Juge. L’opinion des autres, leur sourire moqueur et même la persécution ne devraient pas l’effrayer. Le regretté pape Jean-Paul II a répété tout au long de son pontificat cet encouragement: "N’ayez pas peur !" Elle est bien vraie cette réponse du grand prêtre à l’officier qui gémit sur la situation déplorable de la religion traditionnelle sous la reine impie, Athalie :

"Je crains Dieu, cher Abner, et n’ai point d’autre crainte."

Le premier motif pour un chrétien de ne rien craindre découle de l’Évangile, qui est la vérité sur le sens de sa vie et qui assure la fermeté de son espérance. Cette Bonne Nouvelle vient de Dieu, qui veille sur tout ce qu’il a créé, même sur le brin d’herbe, selon les anciens rabbins. Combien plus le Seigneur protège-t-il le disciple de son Fils, qui annonce et vit l’Évangile, sans peur, ni dissimulation.

Jean-Louis D’Aragon SJ

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