L'évangile du Jeudi (Mt 5, 20-26), St Antoine de Padoue, prêtre et Docteur de l'Église

C’est la conclusion du sermon sur la montagne. Jésus déclare: Il ne suffit pas de me dire Seigneur, Seigneur! pour entrer dans le Royaume des cieux: il faut faire la volonté de mon Père. Celui qui écoute ce que je dis et le met en pratique est comme celui qui a bâti sa maison sur le roc. La pluie peut venir, les torrents dévaler et la tempête souffler sur cette maison: la maison ne s’écroulera pas parce qu’elle est bâtie sur le roc. Mais celui qui écoute ces paroles sans les mettre en pratique est semblable à celui qui a bâti sur le sable. Quand la pluie et la tempête secoueront cette maison, elle s’écroulera complètement.

Le sermon sur la montagne contient des exemples ou des illustrations de ce que signifie appartenir au Royaume de Dieu. Même en faisant la part des hyperboles que Matthieu aime bien utiliser (comme: si ton oeil est un obstacle, arrache-le; et comme: jeter des choses sacrées aux pourceaux), on ne peut éliminer les exigences que le Christ demande et le caractère radical et même énorme de ses assertions.

Il y a d’abord les béatitudes qui représentent un renversement de valeurs ou de priorités; il y a ensuite toute la série d’énoncés commençant par Moi je vous dis, qui en plus des comportements visent les attitudes intérieures; il y a le commandement d’aimer ses ennemis et de prier pour ses persécuteurs; il y a la règle d’or: « Tout ce que vous voudriez que les autres fassent pour vous, faites-le pour eux. »

On a été tenté d’interpréter le Sermon sur la montagne non pas comme quelque chose de réalisable mais comme une image, une orientation, comme un idéal vers lequel il faut tendre mais qu’on ne peut s’attendre à réaliser concrètement. D’autres ont suggéré que c’était un régime exceptionnel dans la perspective de l’imminence de la fin du monde et du jugement dernier.

Mais en lisant le ch.7, assez court, et la fin du discours, on a l’impression que Matthieu voyait venir ces théories. Il insiste sur la pratique, sur l’action; ce n’est pas suffisant d’admirer ou de dire Seigneur, Seigneur! et de ne rien faire: il faut faire la volonté du Père qui est aux cieux. C’est précisément dans cette section (7,12) qu’il y a la règle d’or que nous venons de mentionner. Et il ajoute, comme s’il avait entendu l’objection que ce n’est pas facile: Choisissez la porte étroite. N’ayez pas peur du chemin resserré. Votre action ne doit pas être choisie à cause de la facilité et elle ne doit pas se laisser arrêter par la difficulté.

Comment justifier le caractère pratique de ces exigences?

Tout le sermon a un présupposé: il y a continuellement un arrière-plan. On mentionne au début que Jésus s’est assis: c’est la position d’un maître qui enseigne. Et les disciples se sont approchés. C’est à des disciples que le sermon est adressé. Il faut donc d’abord être un disciple. Or être un disciple suppose qu’on a reçu l’Esprit Saint, qu’on est devenu le temple de l’Esprit Saint. C’est alors que l’image de bâtir sa maison, sa vie, sur le roc prend toute son amplitude.

On rencontre souvent dans les Psaumes l’image du roc, du rocher, pour représenter Dieu.

Je m’abrite en lui, mon rocher, ma citadelle, mon refuge. (18,3)

En toi, Yahvé, sois mon abri. Sois pour moi un roc de force, une maison fortifiée qui me sauve.

Car mon rempart c’est toi.    (31,3-4)

Comment le vrai disciple peut-il construire sa maison, sa vie sur Dieu? Non pas seulement en écoutant ce que Jésus a enseigné mais en le réalisant.

S’il est conscient de sa faiblesse et de ses limites, il doit en même temps se rappeler:

Si Yahvé ne construit la maison, en vain peinent les bâtisseurs.   (Psaume 127,1)

Sans la présence de Dieu, le Sermon est impossible à réaliser. Mais nous pouvons compter sur cette présence parce que la Nouvelle Alliance est une oeuvre d’amour due à l’initiative de Dieu.

La preuve que Dieu nous aime, c’est que le Christ, alors que nous étions encore pécheurs, est mort pour nous.    (Romains 5,8)

Ce n’est pas nous qui avons aimé Dieu mais c’est Lui qui nous a aimés et qui a envoyé son Fils en victime de propitiation pour nos péchés.     (1 Jean 4,10)

Dans chaque Eucharistie, nous rappelons la Nouvelle Alliance et nous joignons notre action de grâce à l’offrande du Christ.

Dès maintenant nous sommes enfants de Dieu.    (1 Jean 3,1)

Quand à nous, aimons, puisque lui nous a aimés le premier.    (1 Jean 4,19)

Jean Gobeil SJ

 

 

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