L'évangile du mercredi (Mt 26, 14-25)

Judas va offrir aux chefs des prêtres de leur fournir les moyens d’arrêter Jésus quand il connaîtra un moment favorable. Il demande un salaire. On fixe 30 shekels, l’équivalent de la compensation prescrite pour la perte d’un esclave (salaire d’un ouvrier pour 120 jours de travail).

On est au temps de la Pâque et les disciples demandent à Jésus à quel endroit il veut célébrer “son repas pascal”. Jésus les envoie réserver un endroit chez quelqu’un qu’il connaît mais sans dévoiler qui est celui qui le recevra. Le même soir, pendant ce repas, Jésus annonce qu’un des disciples va le livrer. Ils sont profondément attristés et chacun demande: “Est-ce moi, Seigneur.” La seule indication que donne Jésus c’est que c’est l’un des douze qui mangent avec lui. Judas demande: “Est-ce moi, Rabbi?” Jésus répond: “Tu l’as dit.”

Pour les disciples Jésus est le Seigneur. Pour Judas, il n’est plus qu’un rabbin comme les autres et il a compris que son mouvement s’en allait vers un échec. Les autres disciples aussi pressentaient la fin. Au moment où Jésus avait décidé de monter vers Béthanie près de Jérusalem, Philippe avait déclaré: “Allons, nous aussi, pour mourir avec lui!” (Jean, 11,16) Judas a décidé de quitter avant cela et d’en retirer un peu de profit. C’est là l’opinion la plus répandue sur le mystère de Judas.

Les mouvements gnostiques du 2e siècle, pour qui la matière et le corps sont des créations du Mauvais, inventeront un Judas qui veut faire une bonne oeuvre en libérant le Christ de “la personnalité humaine qui l’emprisonnait” (Evangile de Judas). Pour ceux qui combattent les hérésies à cette époque, comme Irénée, Tertullien et Epiphane, ce sont là des créations après coup sans aucun lien avec ceux qui ont été les témoins de Jésus.

L’atmosphère est lourde et triste pour Jésus comme pour les disciples. Jésus sait bien que la Passion sera réelle: il ne fera pas semblant de mourir! La trahison de l’un des douze et la faiblesse des autres disciples ne sont pas pour diminuer cette lourdeur. Quant aux disciples, il faut remarquer qu’ils ne demandent pas qui va le trahir mais bien: “Est-ce moi?” Ils ne se sentent ni forts ni sûrs de leur propre fidélité. Ils commencent à voir s’écrouler leurs rêves d’un Règne de Dieu triomphant où ils pensaient avoir les premières places. Et ils n’ont pas encore la lumière et la force que leur donnera l’Esprit. La fidélité reste une chose qui n’est jamais possédée une fois pour toute: elle doit être continuellement vécue.

Jean Gobeil SJ


 

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