L'évangile du mercredi (Lc 19, 11-28)

Le cadre de la parabole parle d’un noble qui doit aller au loin recevoir le titre de roi. Il distribue des pièces d’or à ses serviteurs pour que, durant son absence, ils les fassent profiter. Une délégation le suit dans son voyage pour s’opposer à ce qu’il soit roi. Le noble obtient son titre et revient. Au retour, il demande des comptes à ses serviteurs. Bien qu’avec la même somme, ils aient obtenu des profits différents, ils sont loués pour ce qu’ils ont fait. Un serviteur, lui, remet la somme qu’il avait reçue sans aucun profit. Il est blâmé et l’argent lui est retiré. Quant à la délégation qui s’opposait à lui, il les fait arrêter et exécuter.

Le cadre est historique et bien connu des auditeurs. Il s’agit d’Archélaüs, fils d’Hérode le Grand. A la mort de son père, il dut aller à Rome pour faire confirmer son héritage qui était la Judée et la Samarie. Comme après la mort de son père, il avait réagi aux pétitions des Juifs en les faisant massacrer, ces derniers envoyèrent  une délégation à Rome pour s’opposer à sa nomination. Rome n’accorda pas le titre de roi mais seulement celui d’ethnarque; ce qui lui donnait quand même le pouvoir. A son retour il fit exécuter ceux qui avaient participé à la délégation. C’est de lui que parle Matthieu dans l’épisode où Joseph revient d’Égypte avec l’enfant et Marie : Apprenant qu’Archélaüs régnait sur la Judée à la place d’Hérode, son père, il craignit de s’y rendre;...il se retira dans la région de Galilée.     (Matt. 2,22)

Pourquoi Luc est-il intéressé par ces allusions à une situation historique?  Luc a déjà auparavant montré que l’histoire de Jésus faisait partie de l’histoire mondiale. Au moment de commencer la description de la vie publique de Jésus, il a pris la peine de situer ce moment dans l’histoire du monde de l’époque. Il mentionne que c’est la quinzième année de l’empereur Tibère, que Ponce Pilate est gouverneur de la Judée, Hérode (Antipas), tétrarque de Galilée, sous le pontificat d’Anne et Caïphe. Il parle aussi des autres fils d’Hérode le Grand, Philippe et Lysanias qui sont des tétrarques. Ces références ne laisseraient pas indifférents les auditeurs de Luc qui ne sont pas des Juifs.

Mais le coeur de la parabole est dans le jugement des serviteurs. Chacun a reçu le même montant, une pièce d’or, avec la prescription bien claire qu’ils doivent la faire profiter. Déjà avant la rédaction de l’évangile de Luc, Paul, dans l’épître aux Corinthiens, avait souligné que tous avaient reçu des dons de l’Esprit Saint. Ils devaient servir à l’édification de la communauté selon les capacités de celui qui les recevait. Ils n’étaient pas tous les mêmes et c’était précisément cette diversité qui contribuait à réaliser la totalité du corps de l’Église. Paul soulignait ainsi que parmi les disciples du Christ il n’y avait pas de citoyens de deuxième classe.

Luc rappelle donc, dans cette parabole,  la même responsabilité de chaque chrétien de répondre aux dons qu’il a reçus selon la mesure et les moyens qui lui sont donnés.

Jean Gobeil SJ 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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