L'évangile de samedi (Jn 11, 45-57)

En ressuscitant son ami Lazare, Jésus accomplit le signe suprême de sa mission: il est venu pour donner la vie en abondance à ses brebis (10,10). Ce signe constitue la manifestation suprême de la puissance du Seigneur de don¬ner la vie et la réalisation visuelle de la conversation de Jésus avec Marthe (vv.23-27). Jésus accomplit ce qu'il annonçait en 5,28s, "L'heure vient où tous ceux qui gisent dans les tombeaux entendront sa voix, et ceux qui auront fait le bien en sortiront pour la résurrection qui mène à la vie."

Placé à la fin du ministère de Jésus, le don de la vie aux croyants, dont Lazare est le type, se trouve lié à l'heure de la glorification du Christ. En contradiction avec Jésus qui donne la vie, le monde manifeste sa haine, refuse définitivement l'Envoyé de Dieu et décide officiellement de mettre à mort le Médiateur de la vie (vv.45-54).

Le don suprême du Christ

Le signe de la résurrection de Lazare a révélé la gloire mutuelle du Père et du Fils: le Père, principe de tout bien, donne la vie au monde par son Fils. Ce thème de la gloire, manifestation de Dieu, rappelle le premier signe, celui du changement de l’eau en vin (2,1-12), pour montrer l'unité du ministère public de Jésus, et, en même temps, il annonce la seconde partie de l’Évangile, celle de la Passion et de la Résurrection (chap.. 13-20). La résurrection de Lazare, le signe suprême, caractérise tout le ministère de Jésus, qui consiste à donner la vie (10,10).

Jésus est source de la vie, parce qu'il est uni à son Père en vertu de sa parfaite disponibilité. C'est son amour qui l'engage à donner la vie à tous ceux qui se confient en lui. Les disciples accueillent l'action du Christ par leur foi, qui leur permet de "voir la gloire de Dieu," comme il l’a déclaré à Marthe (11,40). Mais, comme toujours, l'action de Jésus, comme ses paroles, provoque la division et le jugement. “Beaucoup de Juifs, qui avaient vu ce que Jésus avait fait, crurent en lui. Mais quelques-uns d’entre eux allèrent trouver les Pharisiens et leur racontèrent ce que Jésus avait fait.”

Condamné à mort, Jésus doit s'éloigner (vv.45-54)

Le monde manifeste sa perversion en décidant la mort de Jésus, parce qu'il a donné la vie. Le monde transforme la vie en mort. Les conséquences envisagées par les autorités juives (v.48) se sont his¬toriquement réalisées, alors qu'on pensait les éviter en élevant Jésus sur la croix. C'est la seule prudence humaine qui les dirigeait, la fausse sa-gesse des politiciens que les prophètes avaient régulièrement dénoncée. 

L'évangéliste insiste sur la prophétie inconsciente de Caïphe (vv.49-52), qu'il rappellera au début du récit de la Passion (18,14). "Le peuple" a un sens politique pour Caïphe et un sens religieux pour Jean. L'ironie tragique, c'est que les prévisions de Caïphe se sont révélées fausses dans l'ordre politique (le seul qui l'intéressait), alors qu'elles s'avérèrent vraies dans l'ordre religieux. Les Juifs espéraient depuis longtemps que le Messie rassemblerait dans la Terre promise les membres dispersés d'Israël, pour qu'ils deviennent défini¬tivement le peuple du Seigneur, uni dans le Royaume de Dieu. Selon l'inter¬prétation de l'évangéliste, Dieu réalisera l'espérance exprimée par les pro-phètes, lorsqu'il rassemblera en son Fils élevé de terre tous les croyants, Juifs et païens, dispersés à travers le monde.

Jésus viendra-t-il pour la Pâque?

Cette brève notice introduit à la Pâque de Jésus. Elle prépare le discours d’adieu (chap. 13-17) de Jésus, suivi de sa passion (chap. 18-19). L'atmosphère sombre qui pèse sur Jérusalem prélude à l'arrestation de Jésus. Les pèlerins venaient à Jérusalem, la ville sainte, pour les rites de purification avant la célébration de Pâque, qui exigeait un état de pureté rituelle.

Les ordres des autorités juives indiquent déjà comment Judas livrera son Maître. Il n'aura qu'à révéler l'endroit où Jésus se cache. Mais, avant l'arrestation de Jésus, l'onction de Béthanie et l'entrée triomphale à Jérusalem démontreront que les autorités n'ont saisi Jésus qu'à son heure. Jésus ne subira pas son arrestation, il se livrera librement.

Avec la résurrection de celui que Jésus aimait (11,3.36), qui représente tous les croyants, le Christ a révélé parfaitement la volonté divine d’offrir la vie au monde. Mais celui-ci a refusé cette offre ultime de l’amour. Poursuivi et persécuté par le monde, Jésus s’éloigne et attend “l’heure” fixé par son Père. La séparation entre l’amour et la haine apparaît définitive.

Conclusion

Le signe de la résurrection de Lazare révèle la gloire mutuelle du Père et du Fils: le Père donne la vie par son Fils. Ce thème de la gloire rappelle le premier signe pour montrer l'unité de ce premier Livre et, en même temps, il annonce le second Livre, celui de la "Gloire" (chap.. 13-20). Ce signe de la résurrection caractérise tout le ministère de Jésus, qui consiste à donner la vie (10,10).

Jésus est source de la vie, parce qu'il est uni à son Père en vertu de sa parfaite disponibilité. C'est son amour qui l'engage à leur donner la vie. Les disciples accueillent l'action du Christ par leur foi, qui leur permet de "voir la gloire de Dieu." Mais l'action de Jésus, comme ses paroles, provoque la division et le jugement.

Jean-Louis D’Aragon SJ
 

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