L'évangile de jeudi (Mt 7, 21.24-27)

Je crois, mais je ne pratique pas.” Combien de fois a-t-on entendu cette formule pour décrire sa condition spirituelle. Croire peut être rassurant, mais on ne fait aucun effort pour exprimer sa relation à Dieu. Pourquoi consacrer un peu de temps à la prière ou pour se joindre à une communauté qui célèbre l’eucharistie? Pourquoi perdre son temps dans une rencontre avec le Seigneur, qu’on soit seul ou avec un groupe? Un recensement nous révèle que la majorité de nos concitoyens se déclarent chrétiens, mais que très peu fréquentent une église sauf, à Noël et à Pâques?

Jésus a développé dans trois longs chapitres la charte de la vie chrétienne. Le “Sermon sur la montagne” suscite l’admiration d’un grand nombre, mais suffit-il de l’admirer ou même d'en parler? Pour conclure tout son enseignement, Jésus affirme, dans deux images opposées, que sa parole exige de s’épanouir dans une conduite humaine qui la rende vivante et visible.

Chacun et chacune d’entre nous ressentons des émotions et des sentiments, nous réfléchissons, nous parvenons à des convictions que nous exprimons par la parole. Mais une telle démarche n'engage pas notre personne, ce n'est que de la théorie. Aussi longtemps que nos belles idées ne suscitent pas nos actions, ne dirigent pas notre agir et n'imprègnent pas notre personne, elles ne sont que du vent qui passe et qui disparaît au loin. Si on ne s'engage, nous vivons dans l'illusion.    

Tout en nous s’ordonne à l’action et produit des fruits dans notre conduite. Celui qui ne se soucie pas d’agir, celui qui ne veut pas faire l’effort de rendre concrète sa foi, celui qui emprisonne en lui-même ses fragiles convictions, celui qui n’ose pas se compromettre, est comparable à un handicapé qui n’a plus de mains, ni de pieds. Il ressent, il désire, mais il ne fait rien. Il demeure impuissant. Ses pensées généreuses, son idéal de bonheur lui donnent l'illusion d'être en sécurité, en accord avec son Seigneur.

Si on ne pratique pas, on accepte par le fait même d’être inutile, on glisse lentement vers la stérilité et la désespérance. Combien de retraités sans occupation, sans motif de vivre, se sentent inutiles, dévalorisés à leurs propres yeux, et qui descendent vers la dépression! Au contraire, des bénévoles, qui rendent service gratuitement, se sentent vivants et épanouis après une action généreuse.

Toute parole et toute action pour notre voisin nous sort de nous-mêmes, nous permet d’entrer en communication avec les autres et avec Dieu. Autrement, nous demeurons seuls, enfermés dans la pauvreté de notre solitude. Jésus nous enseigne que la vraie recette du bonheur, c’est l'ouverture aux autres, donner de son temps pour rendre son prochain heureux. Il est étonnant qu’on trouve le bonheur en le donnant aux autres. On découvre alors que notre maison repose sur le roc.

Jean-Louis D’Aragon SJ

 

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