L'évangile de lundi (Lc 11, 29-32) - St Calliste, pape et martyr, Action de Grâce

La foule demande « un signe à Jésus », c’est-à-dire  un acte de puissance à l’image de ceux de l’exode qui confèrent à Moïse son accréditation comme envoyé de Yahvé auprès de Pharaon. Ce qu’exige la foule semble tout à fait normal : puisque Jésus se prétend l’ambassadeur de Dieu, on lui demande de présenter ses lettres de créances. Sans cela, n’importe quel imposteur pourrait se proclamer envoyé de Dieu. Pour les lecteurs de notre temps, cette « foule » peut sembler sympathique, éclairée, parce qu’elle ne croit pas n’importe quoi. Comme nous, elle exige des preuves pour être convaincue.  Jésus aurait pu obtempérer. Des miracles, il en avait déjà faits. Or, plutôt que de produire les preuves demandées, il se fâche et traite ses interlocuteurs de « génération mauvaise ». Matthieu est plus dur que Luc, car il parle de « génération mauvaise et adultère ». L’adultère est un menteur, associé à Satan qui est « menteur et père du mensonge. » Dans sa colère, Jésus situe les hommes de cette génération plus bas que les païens : au jugement dernier, la reine de Saba se dressera et les jugera; les gens de Ninive se dresseront et les condamneront.

En fait de signe, il ne sera donné à cette foule que celui de Jonas. Ici, Jésus annonce sa mort et sa résurrection. Tout comme Jonas a passé trois jours dans le ventre du monstre marin, Jésus passera trois jours dans le ventre de la terre. On comprend aussi l’évocation de la reine de Saba qui est allée s’instruire auprès de Salomon que l’Ancien Testament considère comme l’incarnation de la sagesse. Toutefois, pour nos contemporains, le personnage de Salomon qui pratiquait la polygamie extrême est difficilement acceptable comme prototype de la sagesse! Selon la légende, la reine de Saba n’a pas pris de Salomon que des leçons de sagesse. Elle a aussi conçu de ses œuvres, et les prestigieux « Négus » d’Éthiopie seraient ses descendants. Mais laissons aux exégètes la tâche d’expliquer l’indiscutable sagesse de Salomon dans le contexte de son temps, et contournons la difficulté en admettant simplement que Dieu est  capable d’écrire droit avec des lignes courbes.

Cela dit, dans l’évangile de ce jour, il reste difficile de saisir pourquoi Jésus est si furieux, et pourquoi il semble manquer de modestie. On a l’impression qu’il se porte lui-même aux nues : « Il y a ici bien plus que Salomon…,  il y a ici bien plus que Jonas. » Le plus débile des fanfarons ne serait pas aussi explicite dans son auto-glorification. Que Jésus ait pu tenir un tel langage semble improbable. Ceux qui, par ignorance, tirent des conclusions trop rapides,  se basent sur ce genre d’invraisemblances pour affirmer que les évangiles sont des falsifications,  des pseudo-reportages.

Ici, on a sûrement un bel exemple du fait que la parole de Dieu passe inévitablement par la parole humaine. Les prophètes attribuaient leurs oracles de malheur ou de salut à Yahvé lui-même par les formules consacrées « Parole du Seigneur ou Oracle de Yahvé. » Les évangélistes font la même chose en mettant dans la bouche de Jésus des paroles qui sont  manifestement les leurs. La foule a peut-être mis Jésus au défi de produire un signe. Vexé, ce dernier a probablement refusé de faire un miracle sur commande. Mais les mots qui, après coup, expriment l’irritation de Jésus sont ceux des croyants, des évangélistes ou de leurs sources, qui sont convaincus que Jésus est le signe par excellence, qu’il est plus que Jonas, plus que Salomon. Et comme eux, nous sommes dans le temps de la foi. Nous n’exigeons pas des preuves magiques pour admettre que Dieu s’est toujours offert, depuis toujours, à tous les humains de bonne volonté.

Melchior Mbonimpa

 

 

 

 

 

 

 

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