L'évangile du samedi - (Mc 6, 30-34) - St Jérôme Émilien, fondateur, +1537 ; Ste Joséphine Bakita, vierge, esclave soudanaise puis religieuse, +1947

La scène que présente l'Évangile d'aujourd'hui nous montre en particulier l'humanité de Jésus. Il a vraiment pris notre condition humaine, avec ses limites, mais aussi avec ses émotions et son empathie pour ses disciples et pour la foule qui le suit.

Les disciples qui rassemblent autour de Jésus ressemblent à des enfants qui reviennent à la maison, le soir, et qui racontent à leurs parents ce qu'ils ont vécu durant la journée. Leur Maître les avait envoyés en mission, deux par deux, démunis de ressources matérielles pour prolonger le ministère de Jésus et montrer par anticipation comment les chrétiens doivent continuer la mission du Christ. Leur seule force consistait dans leurs convictions personnelles et leur zèle de communiquer l'Évangile de la vérité et de la vie. Pour cette mission, Jésus leur avait "donné pouvoir de soumettre les esprits mauvais" (Mc 6, 7), de faire reculer le mal.

Les disciples reviennent auprès de Jésus, heureux d'avoir rempli la tâche qu'il leur avait confiée, mais épuisés par le travail. Ignorant leur fatigue, les gens s'attroupent autour de Jésus et de ses disciples. Le Maître constate que ses disciples sont fatigués et qu'ils ont besoin de repos. Il veut les amener à l'écart dans "un endroit tranquille."

Jésus nous montre par cette décision que toute personne humaine doit établir un équilibre dans son existence, entre son travail et ses moments de détente. Concentrer toutes ses énergies dans une seule dimension de son être aboutit à la faillite de sa vie, parfois même à la folie. Sans aller jusqu'à l'extrême, combien de gens consacrent tout leur temps et toutes leurs énergies à leur réussite professionnelle, mais délaissent leur devoir envers leur famille.

Il arrive pourtant des circonstances exceptionnelles qui nous obligent à déroger à ces règles de notre programme de vie. Ces exceptions font appel à notre charité, la vertu suprême que Jésus nous a enseignée. Lui-même oublie son projet d'amener ses disciples à l'écart pour qu'ils se reposent. La foule, fascinée par son enseignement et par les guérisons qu'il opère, accourt et prévient même sa venue. À l'opposé des philosophes stoïciens de son temps qui réprouvaient la pitié comme une faiblesse, Jésus s'émeut face à ces gens désespérés, sans berger pour les guider et leur procurer la sécurité. Il leur consacre donc tout son temps, "ils les instruit longuement." L'amour nous entraîne à tout laisser pour répondre à un besoin urgent. Le pauvre qui tend la main, c'est Jésus lui-même: "J'étais nu et tu m'as habillé." (Mt 25, 36)

Jean-Louis D'Aragon SJ

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