L'évangile du samedi - (Mt 8, 5-17) - St Cyrille

Un païen généreux et croyant

Les centurions constituaient le coeur d'une légion romaine. Au temps de Jésus, les Romains, ces étrangers païens, occupaient le pays et suscitaient la haine des Juifs. Les évangiles au contraire présentent les centurions sous un jour favorable. Rappelons-nous celui, qui, devant Jésus mourant en croix, donne la réponse à la question que les gens se posaient tout au long de l'Évangile de Marc, "Qui est donc cet homme?" Le centurion de garde s'écrie à la mort du Christ: "En vérité, cet homme était Fils de Dieu." (Mc 15, 39) Cet officier et celui dont il est question aujourd'hui préfiguraient les païens qui, en grand nombre, entrèrent par la suite dans l'Église.

Selon la loi ancienne, un maître avait tous les droits sur son esclave et aucun devoir envers lui. L'esclave était sa chose, comme un animal, et il lui appartenait. Aussi la générosité du centurion qui aborde Jésus et la peine qu'il ressent à cause de la paralysie dont souffre son esclave – il est au lit et souffre terriblement - contrastent avec la dureté des maîtres de cette époque, et surtout avec la rudesse des officiers romains.

Non seulement ce capitaine de l'armée se montre sensible et solidaire d'un pauvre, son esclave, mais il a une foi admirable en Jésus. Dans un premier moment, il expose seulement le mal dont souffre son esclave; il demande discrètement à Jésus de le soulager et, peut-être, de le guérir. En réponse au centurion, Jésus, comprenant le but de sa démarche, lui déclare qu'il ira le guérir. Exaucé par cette déclaration, cet homme n'a plus rien à ajouter.

Et pourtant il sait que Jésus ne peut entrer dans une maison païenne sans encourir une impureté légale, dont il devra se purifier pendant une semaine. Il a conscience que le peuple le considère comme un pestiféré, dont le contact est contagieux. En dépit de sa force militaire et de la peur qu'il inspire, il éprouve un sentiment d'indignité, Je ne suis pas digne que tu entres sous mon toit. Pour lui, Jésus possède un pouvoir qui dépasse celui qu'il exerce sur ses soldats et ses esclaves, mais dont l'efficacité est du même genre. Le Christ peut commander à la paralysie comme lui, l'officier et le maître, à ses soldats ou à ses esclaves. Selon la crédulité de cette époque, il fallait toucher un malade pour le guérir. Mais la foi de ce païen va plus loin que cette crédulité magique, car il croit que la seule parole de Jésus produit l'effet désiré, même s'il ne voit pas ou ne touche pas l'esclave paralysé.

À l'opposé, le refus du peuple élu

Une telle foi chez un païen suscite l'admiration de Jésus. Les seuls moment où les évangélistes signalent l'admiration de Jésus, c'est lorsqu'il découvre la foi de son interlocuteur. "Comme ta foi est grande!" (Mt 15, 28), répondra-t-il à la femme cananéenne, une autre païenne. Ici, il s'adresse à la foule et il introduit son admiration par la formule solennelle: "Amen, je vous le déclare".

Jésus compare cette foi à l'incompréhension et au refus que son peuple lui a opposés, ce peuple héritier des ancêtres, Abraham, Isaac et Jacob. Dieu avait promis à ce peuple, qu'il avait choisi, la participation au banquet céleste. Mais, pour entrer dans le Royaume de la vie et du bonheur, il fallait s'ouvrir par la foi à l'invitation de Dieu proclamée par son Fils. Aussi Jésus, tout attristé, constate avec douleur: "Les héritiers du Royaume seront jetés dehors."

En refusant l'invitation, les héritiers ont malheureusement choisi les ténèbres de l'extérieur. Mais ce n'est pas Dieu ou Jésus qui condamne, car il dira clairement: "Moi (et le Père en lui), je ne juge personne" (Jn 8,15).  En quoi donc consistent le jugement et la condamnation?  "La lumière (le Christ) est venu dans le monde et les humains ont préféré les ténèbres à la lumière" (Jean 3,19). Celui qui refuse de croire et d'accueillir la lumière et la vie se condamne lui-même. La peine du condamné vient de la frustration d'un bien nécessaire à son bonheur, dont il s'est privé librement.

Maintenant la fièvre et d'autres maladies

Après avoir guéri un lépreux et un paralytique, Jésus soulage la belle-mère de Pierre, qui souffre d'un autre mal, la fièvre. La communication avec la malade s'établit, cette fois, par le toucher. La guérison est instantanée: "Il lui prit la main, et la fièvre la quitta." La suite peut surprendre: "Elle se leva et elle les servait." Pour l'évangéliste, ce service montre que la guérison est parfaite et qu'un don reçu gratuitement ne peut être conservé égoïstement pour soi-même, mais il doit se traduire en service pour le bien du prochain.

La réputation de Jésus se répand dans le peuple, qui lui amène de nombreux possédés, qui ne sont plus libres, parce qu'ils sont habités et dominés comme des esclaves. Cette domination, qui détruit la liberté et qui empêche de se posséder soi-même, est une tragédie qui sévit à toutes les époques. C'est "par sa parole", semblable à la parole créatrice de Dieu (Gen 1,3.6...), que Jésus les guérit. L'évangéliste voit dans le Christ guérisseur la figure du Serviteur souffrant (Isaïe 53,4), qui, non seulement redonne la santé, mais qui, par amour, a pris sur lui nos faiblesses et nos maladies. Matthieu annonce ainsi que Jésus en croix prendra sur lui toute la misère du monde.

Jean-Louis D'Aragon SJ 

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