L'évangile du vendredi - (Mc 6, 14-29) - St Paul Miki et ses compagnons, martyrs

À la mort de grands personnages, on peut avoir l'impression qu'ils ont disparu, mais c'est une erreur, car le mouvement qu'ils ont lancé continue d'influencer l'histoire, telle une vague qui se perd au loin. L'appel à la conversion de Jean le Baptiste avait attiré des foules au baptême de pénitence qu'il pratiquait au Jourdain. Même après son exécution par le roi Hérode, le peuple pensait qu'il revivait en Jésus, qui proclamait le même message que Jean: se détourner de tout ce qui s'oppose à l'accueil du Royaume de Dieu. Le peuple, et même Hérode, associait donc étroitement Jean et Jésus, au point de croire que le premier revivait dans le second. De fait, non seulement leur prédication était semblable, mais la destinée de l'un et de l'autre sera semblable: ils offriront leur vie par fidélité à leur vocation, ils témoigneront jusqu'au bout de la vérité et de la justice divine.

À l'opposé de ces envoyés de Dieu, trois personnages vils, ambitieux et cruels incarnent ici l'injustice et le mal. Aucun crime ne leur répugne pour satisfaire leur orgueil et leur égoïsme. Lorsqu'il avait visité Rome, Hérode avait séduit l'épouse de son frère Philippe. Ambitieuse, Hérodiade avait ainsi accédé à la royauté, mais elle ne pouvait pas jouir librement de son élévation, car la dénonciation de Jean rappelait sans cesse son adultère à la conscience d'Hérode.

La triade diabolique

Hérode Antipas était un tyran faible, qui, devant la dénonciation de Jean Baptiste, n'avait pas le courage de reconnaître sa faute et de se séparer d'Hérodiade. Il se résout à porter sa faute, lancinante, sur sa conscience. Il vivait écartelé entre la justice que lui prêchait Jean et sa liaison avec Hérodiade. Esclave, il ne parvenait pas à se libérer. Au cours du banquet en son honneur, il est fasciné par le spectacle lascif de sa belle-fille, Salomé, et, dans une sorte de frénésie, il prononce un serment stupide. Même s'il est amené à commettre un homicide cruel contre l'Envoyé de Dieu, il n'a pas la fermeté et le courage de se dégager de sa promesse insensée. Il ne peut se permettre de perdre la face devant ses invités. Il s'est pris dans un engrenage qui le conduit à sa ruine morale, qui prélude à sa ruine politique. Plus tard, il se rendra à Rome, entraîné par Hérodiade, pour obtenir la dignité royale, mais, au contraire, l'empereur Caligula le destitua et l'exila en Gaule.

Hérodiade est une femme ambitieuse, immorale et cruelle. Tous les moyens sont bons pour parvenir à ses fins. Elle craint que les dénonciations de Jean Baptiste amènent Hérode à se séparer d'elle. Elle cherche un moyen de se débarrasser de lui, n'importe lequel. Elle va jusqu'à utiliser sa fille pour obtenir le meurtre d'un saint.

La fille d'Hérodiade, Salomé (d'après le nom que lui donne la tradition), une princesse, s'abaisse dans une danse lascive à séduire le roi. Lorsque sa mère lui suggère de demander la tête de Jean Baptiste, elle n'hésite pas à collaborer avec sa mère pour obtenir le meurtre. Elle formule même sa demande sans l'édulcorer, directement, d'une manière quasi impérieuse: "Je veux," pas seulement je désire, mais j'exige. Quand? Aucun délai, "tout de suite". L'ordre devient presque sadique: "tu me donnes sur un plat la tête de Jean Baptiste." Elle ne cède pas seulement à la suggestion de sa mère, elle épouse totalement sa volonté meurtrière.

Dans son opéra, Salomé, Richard Strauss décrit cette horreur avec une telle répugnance que Hérode lui-même est révolté à la fin et crie à ses gardes, "tuez cette femme!" Jean Baptiste, à l'opposé, demeure fidèle à sa mission de témoin inébranlable de la justice et de la vérité, au milieu de ce monde immoral et cruel.

Jean-Louis D'Aragon SJ 

 

 

Tournée virtuelle