L'évangile du vendredi - ( Mt 18, 1-5.10) - Les Saints Anges Gardiens

Les disciples demandent à Jésus qui est le plus grand dans le Royaume des cieux. Jésus met un enfant au milieu d’eux et déclare: « Celui qui se fera petit comme cet enfant, c’est celui-là qui est le plus grand dans le Royaume des cieux. Et celui-là qui accueillera un enfant comme celui-ci en mon nom, c’est moi qu’il accueille ». Suit un avertissement sévère: Gardez-vous de mépriser ces petits, car ils sont importants pour le Père. Jésus prend un exemple de la vie courante. Si quelqu’un a perdu une brebis, il laisse là le troupeau pour aller à sa recherche. Cette brebis perdue devient plus importante que le reste du troupeau et lorsqu’elle est retrouvée elle cause plus de joie que les 99 brebis du troupeau. Jésus fait l’application de cette conduite à celle du Père: il ne veut pas qu’un seul de ces petits soit perdu.

Voilà une question des disciples qui est peut-être reliée d’abord à leurs aspirations pour des bonnes places dans le Royaume des cieux qui est encore pour eux sur un modèle bien terrestre. Mais il y a peut-être plus. Ils ont peut-être, comme saint Paul avant sa conversion, l’idée que ce qui est important aux yeux de Dieu c’est ce qu’il faut faire. L’idée que la justice, que ce qui est agréable à Dieu, c’est  une affaire de performance personnelle. La réponse de Jésus semble bien correspondre à cette attitude.

Il met un enfant au milieu d’eux. L’enfant est celui qui n’a aucun droit ni aucun pouvoir. Il n’a aucun statut dans la société. Ceci est vrai non seulement pour la société juive de l’époque mais aussi bien pour la société romaine et la société grecque: puer en latin et pais en grec signifient aussi bien enfant et esclave ou serviteur. La connotation de l’enfant n’est pas l’innocence mais bien l’impuissance. Il n’existe qu’en dépendance. Il est donc, dans notre récit, aux antipodes de ce à quoi rêvent les disciples en entendant parler de Royaume, donc de roi et de pouvoir royal, pouvoir auquel ont accès ceux qui sont proches du roi.

Le plus grand dans le Royaume sera celui qui se fera petit comme cet enfant. Ce mot, petit, évoque immédiatement les thème des petits, des humbles, les anawim de Yahvé dans l’Ancien Testament. Déjà, on donnait comme la grande qualité de Moïse, son humilité:

Or, Moïse était un homme très humble, l’homme le plus humble que la terre ait porté. (Nb.12,3)

Ces humbles sont ceux qui ne comptent pas sur leur richesse ou leur pouvoir mais qui savent qu’ils dépendent de Dieu et s’appuient seulement sur leur confiance en Lui.

Sophonie avait prédit qu’une fois purifié, Israël serait un peuple humble et modeste (3,12) au milieu duquel Yahvé serait roi (3,14-18). Zacharie, plus tard, avait vu que le Messie qui venait serait un roi humble, monté sur un âne: il ne vient pas sur un chariot royal mais sur la monture du pauvre (9,9). 

Dans le Nouveau Testament, ces petits ou ces humbles, ce sont ceux qui ont une âme de pauvre dont parle la première béatitude et à qui est déjà donné le Royaume des cieux.(Mt.5,1) Ils sont ces petits, qui comme l’enfant, n’ont rien à apporter et tout à recevoir. C’est dans cet esprit que sainte Thérèse de Lisieux disait qu’elle se présentait devant Dieu les mains vides.

Et Jésus déclare aux disciples qu’il est solidaire de ces petits si bien qu’en eux on peut accueillir le Christ lui-même.

Dans l’exemple que Jésus donne d’un homme qui laisse son troupeau pour aller chercher sa brebis perdue, ce qui frappe d’abord c’est la disproportion entre une brebis et les 99 autres. La disproportion devient très importante quand Jésus applique l’exemple du berger au Père qui est dans les cieux. Non seulement ceux qui sont perdus sont importants pour lui mais encore c’est lui qui prend l’initiative d’aller à leur recherche. C’est l’écho d’une parole de Jésus dans l’évangile de Luc:

Le Fils de l’homme est venu chercher et sauver ce qui était perdu.  (Luc 19,10)

Il y a donc d’abord une perspective universaliste dans ce récit. Tous ceux qui sont perdus sont importants aux yeux de Dieu. Mais cette perspective a des retombées au niveau de la communauté.  Celle-ci ne doit pas exclure personne: elle doit rester ouverte à ceux que Dieu cherchent et veut sauver. Mais il y aussi dans la communauté des petits qui sont plus faibles que le reste du troupeau. Peut-être n’ont-ils pas de statut social comme des richesses ou de l’importance; peut-être aussi n’ont-ils pas beaucoup de connaissance. Saint Paul connaît de ces petits dans ses communautés; c’est pour eux qu’il est prêt à renoncer à des pratiques bien innocentes si elles peuvent les scandaliser ou leur nuire.”C’est mon droit” est une formule magique de nos jours. Mais le droit individuel n’est pas la première préoccupation d’un disciple du Christ. Pour quelqu’un dont l’idéal est de servir, le droit n’a jamais préséance sur les besoins des autres. Matthieu voit certainement cet aspect important pour sa communauté. Il a placé ce récit au milieu d’un ensemble d’instructions de Jésus qui s’adressaient à ses disciples mais visaient en même temps les communautés futures. Elles peuvent certainement nous être utiles encore aujourd’hui.

Jean Gobeil SJ

 

 

 

 

 

 

 

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