L'évangile du samedi - (Jn 7, 40-53)

Dieu offre au monde la lumière de la vérité dans la personne de son Fils Jésus. Devant cet éblouissement, personne ne peut demeurer indifférent. L’indifférence penche déjà vers la ligne du refus. Il faut choisir entre le refus ou l’acceptation par la foi. Le refus, comme la foi, est relatif et peut avoir des degrés. L’auditoire de Jésus se range dans l’une de ces deux tendances opposées: certains s’ouvrent à sa révélation, tandis que d’autres la rejettent. La personne du Christ provoque sans cesse la division dans l’Évangile de Jean entre les croyants et leurs adversaires, car personne ne peut demeurer neutre face à la lumière.

Dans le présent passage de l’Évangile, c’est de nouveau la division entre deux groupes. Les uns reconnaissent en Jésus le Prophète annoncé par Moïse (c’est un des titres du Messie) et le Christ, le titre du roi consacré par Dieu, comme David. À l'opposé, d'autres s'en tiennent à l'apparence humaine: ils savent que Jésus est de Galilée, de Nazareth, et qu'il est le fils de Joseph. Or le Messie doit descendre de David (2 Sam 7,12-16) et naître à Bethléem (Mic 5,1).

La scène se termine encore sur une manifestation de la souveraine li­berté de Jésus et de l'impuissance de ses adversaires. Jésus accueillera à son “heure”, libre­ment, son sacrifice sur la croix.

La réponse des gardes aux notables juifs exprime leur étonnement et leur admiration, comme l'exclamation de la foule devant les miracles de Jésus. Mais l'émerveillement n'est pas la foi, qui est l’unique moyen pour comprendre le message de Jésus. En réac­tion aux gardes dans l’admirations, les Pharisiens reprennent l'accusation répétée sans cesse contre Jésus: il est un séduc­teur qui égare la foule.

Les chefs des prêtres et les Pharisiens méprisent ceux qui sont favo­rables à Jésus: ils sont des ignorants, des gens qui ignorent la Loi et ne peu­vent l'observer; ils sont donc des impurs et des maudits, séparés de Dieu. Le mépris de la part des Pharisiens deviendra une objection persis­tante au temps de la communauté de Jean, vers les années 90. Ce Jésus que les chrétiens croyaient être le Messie n'avait re­cruté autour de lui que quelques disciples dans les classes les plus basses de la société, des ignorants et des pécheurs. À l'opposé, les prêtres et les docteurs, qui étaient qualifiés pour juger de sa mission, avaient refusé unanimement de croire en lui.

À ces chefs qui reprochent à la foule d'ignorer la Loi, Nicodème fait remarquer qu'ils la violent en condamnant Jésus sans l'entendre, manifestant de la sorte leur endurcissement dans leur incroyance et dans leur hostilité. Au lieu de répondre à Nicodème, les notables l'accablent avec le titre méprisant de "Galiléen" et ils justifient leur préjugé, en déniant à Dieu la liberté de choisir son prophète comme il le veut et où il le veut. Dieu n’est plus libre, il n’a pas le droit d’appeler un Galiléen pour être son prophète.

Quelle illusion de prétendre évaluer et juger les actions de Dieu, en le limitant à l’intérieur de nos normes et de nos règles! On est victime fatalement de cette illusion, quand on prétend pénétrer les secrets divins par sa seule intelligence.

On ne peut comprendre la révélation du Fils de Dieu qu’à la lumière de la foi: "Crois pour comprendre" (Saint Augustin). Cette lumière brille dans la confiance qui permet la communion avec Dieu. Seul le coeur animé par la confiance et l’amour peut accueillir la splendeur de la vérité.

Jean-Louis D’Aragon SJ

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