L'évangile du samedi - (Lc 9, 43b-45) - St Côme et Damien ; St Jean de Brébeuf, St Isaac Jogues et leurs compagnons jésuites

La première lecture de la liturgie nous présente aujourd’hui une description poétique de la descente de l’être humain vers la mort. L’auteur de l’Ecclésiaste (11,9 – 12,8), un sage, considère la mort avec sérénité et il décrit avec élégance les signes qui révèlent son approche. Mais il n’a aucune espérance dans l’avenir. Tout se termine pour lui dans « la vanité » d’ici-bas. À la mort, il ne reste rien de ce qu’on a vécu de beau et de bien.

Le problème de la mort s’est imposé à toutes les époques et à tous les êtres humains. C’est en apparence la tragédie d’une fin brutale pour toute personne qui aspire normalement à vivre sans limites. Sans la foi, toute personne peut appréhender cette fin comme un trou noir, qui n’a aucun sens. Puisque la mort apparaît désespérante, on essaie de vivre en y pensant le moins possible. Notre société se concerte d'ailleurs pour cacher les signes qui rappellent cette réalité inéluctable : plus d’exposition du défunt dans un salon, crémation pour éliminer au plus tôt le cadavre, brève cérémonie sans signification profonde,…

Jésus annonce sa mort

La mort pourtant est le moment ultime et suprême de notre existence terrestre. Or le terme d’un mouvement, d’une évolution, est le plus important, celui qui couronne et qui donne un sens à tout ce qui précède. C’est pourquoi Jésus a les yeux fixés sur la fin de son existence, qu’il évoque en détail par trois fois dans les Évangiles synoptiques (Matthieu, Marc et Luc).

Lorsqu’il délaisse la foule qui le déçoit, pour se concentrer sur l’instruction de ses disciples, Jésus concentre son enseignement sur ces trois annonces de sa mort et de sa résurrection. Mais, chaque fois, les évangélistes notent que les disciples ne comprennent pas cet enseignement et, même, qu’ils ne veulent pas comprendre ce qui contredit leurs rêves humains et nationalistes.

Après la première annonce (Mt 16, 21-23), Pierre s’insurge vivement contre cette destinée de son Maître, le Messie. Jésus, à son tour, le traite de « Satan », parce que Pierre répète la troisième tentation du diable (Mt 4, 8-10), qui contredit la mission divine que Jésus a reçue de son Père. Dans l’Évangile d’aujourd’hui, Jésus annonce pour la deuxième fois la tragédie qui l’attend à Jérusalem, mais les disciples ne comprennent pas et ne veulent pas connaître la vérité en interrogeant leur Maître. Après la troisième annonce de sa mort (Mt 20,17-19), Jacques et Jean demanderont les premières places dans le Royaume  d’un Messie qu'ils attendent triomphant. Les dix autres disciples manifesteront la même ambition.

Dieu livre son Envoyé

L’action de « livrer » le Christ Jésus est attribué dans les évangiles à Dieu et…à Judas. Pourquoi cette trahison de l’apôtre, livrant son Maître, est-elle également rattachée à Dieu ? Voilà le mystère du plan de salut que Dieu réalise à travers la faute ignoble de la trahison d'un apôtre. « Dieu écrit droit avec des lignes croches. » (Paul Claudel) Quand on désespère de notre humanité et de nous-mêmes, nous pouvons toujours espérer que le Seigneur accomplira son projet de vie en dépit des injustices révoltantes de notre monde.

Le Dieu que Jésus nous a révélé est bien le Seigneur tout-puissant, mais il n’est pas un potentat dominateur, il n’est pas un super Jupiter. Sa toute-puissance n’est pas une force brutale. C’est l’amour de Dieu qui est tout-puissant, qui se donne, qui se « livre » dans l’Incarnation de son Fils et qui se « livre » à nous dans chaque eucharistie. Dieu est infiniment grand, mais il est le plus grand dans le service par amour. « Vous m’appelez Maître et Seigneur » et pourtant je vous ai lavé les pieds, comme le ferait un esclave (Jn 13, 13-15).

Le sens de la mort chrétienne 

Les disciples de Jésus représentent notre humanité, qui essaie de se cacher la fin de son pèlerinage sur terre, qui considère la mort comme la tragédie inéluctable et scandaleuse. L’attention de Jésus, au contraire, se fixe sur la fin de sa vie, qui semblera marquer la faillite complète de sa mission. Il nous enseigne que la fin de notre existence est le sommet qui donnera un sens à tout ce que nous aurons vécu.

Aucune philosophie, ni aucune théologie, en dehors de l’Évangile, n’ouvre une issue à la tragédie de la mort, l’angoisse centrale de toute vie humaine. Jésus nous a montré que la mort, librement acceptée dans la confiance et l’amour, ouvre à la présence de Dieu. La mort nous vide de nous-mêmes et de notre égoïsme pour accueillir l’Amour transcendant. La croix nous dépouille de tout, elle nous réduit à la plus profonde pauvreté. Dans la première béatitude, la plus fondamentale, celle des pauvres, le Christ a promis à ces bienheureux d’entrer dans le Royaume de la vie, de la joie et du bonheur.

Jean-Louis D’Aragon SJ

 

 

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