L'évangile du vendredi - (Mc 4, 26-34)

Dès notre naissance, nous sommes en nous-mêmes le théâtre d'un combat entre le bien et le mal, entre les virus qui nous attaquent et notre système immunitaire. Au niveau moral, des tentations nous sollicitent auxquelles nous résistons de notre mieux. Autour de nous, la haine et la violence livrent un combat de destruction contre les forces de stabilité et de paix. Une sorte de guerre universelle sévit partout, entre la haine et l'amour, entre la mort et la vie.

Face à de nombreuses critiques contre la foi chrétienne, nous sommes parfois découragés dans la crainte d'être submergés. Comment répandre la Bonne Nouvelle "jusqu'au bout du monde" (Actes 1,8), comme le Seigneur ressuscité nous l'a commandé? Les disciples de Jésus et les premiers chrétiens subissaient la même tentation de découragement. Ils étaient peu nombreux. noyés dans la masse du monde perverti de l'époque, méprisés et sans prestige.

Mystère de la vie

Pour contrer cette tentation de découragement, Jésus présente aux siens deux paraboles qui illustrent la puissance invisible de la croissance. Du grain jeté sur la terre ne semble donner aucune garantie d'avenir. Ce geste peut même paraître stupide. Si nous n'avions jamais vécu l'expérience du grain qui, de lui-même, pousse, mûrit et devient une gerbe, nous penserions que ce geste de semer est insignifiant. La preuve, c'est que les premiers humains n'ont découvert qu'après des siècles ce mystère de l'agriculture, qu'il fallait semer pour récolter. Le grain pousse de lui-même, jour et nuit, sans intervention humaine. Nous ne pouvons qu'admirer ce mystère de la croissance, mais sans l'accélérer. Un brin d'herbe qui apparaît dans une fissure du trottoir révèle la puissance de la vie qui surgit partout, même là où le béton s'y oppose et semble la comprimer. La patience et l'espérance débouchent sur la moisson.

Nous avons souvent l'illusion enfantine que des interventions extérieures, des actes de puissance pourraient écraser le mal, pour permettre au bien de fleurir. Dieu est tout-puissant et pourrait transformer le monde en un instant. Mais un tel rêve "enfantin" n'atteindrait que l'extérieur de la réalité, tandis que le Créateur intervient discrètement, en profondeur. La puissance de la vie qu'il suscite est invisible, mais rien ne lui résiste.

Comprendre les paraboles

Tout l'enseignement de Jésus est une parabole pour la foule, avec une face visible et une autre, invisible, qui lui correspond. Pour comprendre, il faut être au diapason du Christ, sur la bonne longueur d'ondes, avoir de l'empathie. Sans cette ouverture à une parole nouvelle, tout devient énigmatique. Quand une personne nous est antipathique, nous ne voyons que ses défauts. Il faut l'aimer pour la comprendre et l'apprécier. Il en est de même pour le message du Christ, surtout lorsqu'il nous déconcerte. Au-delà de l'apparence, celui qui croit découvre la vérité, la lumière, qui projette ses rayons sur le chemin de la vie et du bonheur. C'est la pédagogie qu'emploie Jésus pour instruire ses disciples, qui finiront par comprendre.

Conclusion

L'Évangile est une puissance de lumière et de vie, qui peut transformer le monde. Mais ce n'est pas une force fulgurante qui bouscule, qui détruit tout pour recréer en un clin d'oeil. Pour un effet durable, il faut l'enracinement dans le coeur des humains. C'est par la patience et la persévérance que le grain de blé parvient à produire une gerbe.

          Les combats sanguinaires entre les gladiateurs, qui devaient s'entretuer pour le plaisir sadique des spectateurs, ont continué à Rome, même après le christianisme. Mais un ermite, scandalisé par ces spectacles, décida d'intervenir. Lui seul contre une populace, quelle témérité! Télémacus se rendit à Rome, entra dans le Colisée où se déroulaient des combats et s'interposa entre les gladiateurs. La foule, furieuse, réclama et obtint sa mort. On aurait pu penser que cet ermite avait sacrifié inutilement sa vie. Mais sa dénonciation courageuse de cette barbarie sadique suscita la réflexion du peuple, qui prit conscience de sa culpabilité. Ce fut la fin de ces ignobles spectacles. L'intervention non violente d'un seul eut finalement raison de la passion sanguinaire des foules.

Jean-Louis D'Aragon SJ

Tournée virtuelle