L'évangile du mercredi - (Mt 6, 1-6.16-18)

...Si vous voulez vivre comme des justes, évitez d’agir devant les hommes pour vous faire remarquer... Ainsi quand tu fais l’aumône, ne fais pas sonner de la trompette devant toi. ...Mais toi quand tu fais l’aumône que ta main gauche ignore ce que fait ta main droite, afin que ton aumône reste dans le secret; ton Père voit ce que tu fais en secret; il te le revaudra. ... Et quand vous priez, ne soyez pas comme ceux qui se donnent en spectacle.   Mais toi, quand tu pries, retire-toi au fond de ta maison, et prie ton Père qui est présent dans le secret; ton Père voit ce que tu fais dans le secret; il te le revaudra. ... Et quand vous jeûnez, ne prenez pas un air abattu, comme ceux qui se donnent en spectacle. ... Mais toi, quand tu jeûnes, parfume-toi la tête et lave-toi le visage; ainsi, ton jeûne ne sera pas connu des hommes, mais seulement de ton Père qui est présent dans le secret; ton Père voit ce que tu fais en secret; il te le revaudra.

L’aumône, la prière et le jeûne sont trois pratiques fondamentales de la piété juive. Elles garderont de l’importance pour les premiers chrétiens.

L’aumône était souvent considérée comme une oeuvre de justice plutôt qu’une oeuvre de charité: on ne donnait pas en faisant l’aumône; on s’acquittait plutôt d’une dette qui finalement était vis-à-vis de Dieu. Cette perspective de l’aumône et de l’aide à quelqu’un dans le besoin est passée dans l’Islam où elle se retrouve encore aujourd’hui. Au temps de Jésus, le nombre de gens très pauvres était particulièrement important et l’aumône représentait la seule forme d’aide sociale.

Ceux qui pouvaient faire une aumône un peu importante pouvaient en profiter pour se faire valoir: Jésus les appelle des hypocrites, ce qui vient d’un mot grec signifiant des acteurs.

A part les prières reliées au culte, les prières individuelles ont une longue tradition dans la religion juive. Le meilleur exemple sont les psaumes. Beaucoup des psaumes, au départ ont été des prières individuelles qui ont d’ailleurs souvent gardé des traces de détresse, d’impatience ou de révolte devant l’injustice de situations particulières. Les détails de la situation historique ont été perdus quand la prière individuelle a été adoptée par la communauté. Par ailleurs, différents groupes pouvaient avoir leurs propres prières. Jean Baptiste avait montré des prières à ses disciples. C’est ce qui a amené les disciples de Jésus à lui demander de leur montrer à eux aussi comment prier. Jésus lui-même a prié, dans le secret, comme il le recommande dans notre texte.

Enfin, le jeûne était une forme de piété dans les moments de deuil, dans les moments de détresse nationale ou même dans la vie courante. Jésus donne les conditions et l’esprit qu’il faut avoir pour que ces pratiques soient vraiment religieuses. D’abord elles doivent avoir pour but uniquement Dieu. Quand elles se terminent à un avantage personnel, elles ne sont plus religieuses. Ceux qui se servent des pratiques religieuses pour eux-mêmes, Jésus les appellent des hupocritès, des acteurs.

La seconde condition est contenue dans la mention du secret: donner en secret, prier dans le secret, le Père qui est là et qui voit dans le secret. L’expression suggère une connotation d’intimité. Dans ces actions faites pour Dieu, il y a une présence de Dieu qui veut une rencontre intime, personnelle. C’est à cette présence que le juste doit chercher à s’ouvrir par ces pratiques de piété.

Jean Gobeil SJ 

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