L'évangile du lundi - (Mc 3, 22-30) - Ste Angèle de Merici, vierge, fondatrice des Ursulines, +1540

Il y a de ces jours où tout va mal et qu’on se sent lâché même par ceux dont le soutien devrait nous être acquis. L’évangile d’aujourd’hui relate l’un de ces jours dans la vie de Jésus. Les gens de sa « maison », de sa parenté, cherchent à « s’emparer de lui », l’estimant fou. Ce n’est probablement pas par amour qu’ils veulent le neutraliser : ils ont envie de se protéger en lui imposant le silence parce qu’il les met en danger par ses propos et ses gestes qui attirent des foules et provoquent la controverse.

Mais ils ne parviennent pas à leurs fins, car ils le trouvent en plein débat avec des gens très importants venus de la capitale: des scribes descendus de Jérusalem! Il ne s’agit pas d’une discussion tranquille et civilisée. Jésus est en train de se faire carrément insulter. On peut imaginer les scribes circulant dans la foule, faisant tout leur possible pour miner la crédibilité de Jésus en chuchotant à tous ceux qui veulent les entendre : « Il a Béelzéboul en lui »; « C’est par le chef des démons qu’il chasse les démons. » De nos jours, pour plus d’efficacité, ils distribueraient des tracts sur papier ou sur internet.

Jésus se rend compte qu’on est en train de le poignarder dans le dos. Il décide de faire face en interpellant ses détracteurs qui ne se savent pas déjà démasqués.  Il les fait venir et leur dit : « Comment Satan peut-il expulser Satan?... Si Satan s’est dressé contre lui-même et s’il est divisé, il ne peut pas tenir, c’en est fini de lui. » Très drôle : le génie des « paraboles » recourt maintenant à la logique pure et dure et mobilise le principe de la non-contradiction contre ses adversaires.

Dans la version de Matthieu du même épisode, Jésus recourt en plus à un argument « ad hominem » qui met en cause la cohérence des scribes dans leurs vies et dans leurs relations. En effet, ils ont des disciples qui font exactement la même chose que Jésus : ils soulagent des personnes tourmentées par des esprits mauvais. Ils s’acquittent de la même mission consolatrice que Jésus dans la situation limite que vivent les Juifs dont la nation est menacée de suppression. La menace n’était pas une lubie : elle s’est effectivement concrétisée. Mais avant, le cul-de-sac historique ou l’avenir bouché détraquait la santé mentale des compatriotes du guérisseur de Nazareth. Et Jésus n’était pas le seul thaumaturge ou exorciste qui tentait de réconforter les siens.

Chez Matthieu, Jésus pose donc aux scribes cette question : « Si c’est par Béelzéboul que moi, je chasse les démons, vos disciples, par qui les chassent-ils? » En fait, Jésus reconnaît indirectement que leurs disciples exerçant le ministère de la guérison annoncent à leur manière la venue du royaume. Et il met en garde les scribes aveuglés par la mauvaise foi : « Vos disciples seront eux-mêmes vos juges. »

N’en déplaise à Ivan qui, dans Les frères Karamazov, prétend que la souffrance infligée aux enfants n’est pas pardonnable, Jésus déclare que tout sera pardonné, y compris son assassinat par ceux qui ne savaient pas ce qu’ils faisaient. Seul le « blasphème contre l’Esprit Saint » restera à jamais sans pardon. Et ce blasphème n’est rien d’autre que l’impénitence absolue qui rend impossible le pardon. Dieu fasse que le groupe des blasphémateurs contre l’Esprit Saint soit pour toujours un ensemble vide!

Melchior M'Bonimpa

 

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