L'évangile du samedi (Mt 5, 33-37) - St Antoine de Padoue, prêtre

Si un avocat ou un homme de loi nous convoque au tribunal de justice, le premier acte qu’on nous demande, c’est de faire serment sur la Bible : « Jurez-vous de dire la vérité, … » Pourquoi ce serment solennel, au lieu de passer immédiatement à l’interrogatoire ou à notre témoignage ? Parce qu’on n’a pas confiance dans la simple parole des témoins qui se présentent. En plus de banaliser le serment, qui en appelle à la vérité de Dieu pour attester la parole d’un témoin, l’autorité judiciaire montre qu’elle n’a confiance en personne. Il est très grave pour une société, quand on n’a plus confiance en personne. Le lien fondamental entre  les membres d’un groupe n’existant plus, la solidarité disparaît.

Lorsque la crise de pédophilie éclata récemment aux Etats-Unis, le président la Conférence épiscopale catholique déclara  que la conséquence la plus grave pour l’Église, c’était la perte de confiance.

Les fautes au temps de Jésus

Comme de nos jours, les gens avaient la tendance à exagérer la portée de leur parole : pour leur donner de la solennité, on multipliait les serments et, par le fait même, on les banalisait. Même pour des questions peu importantes, on recourait aux serments, qui devenaient frivoles. On pensait honorer Dieu en invoquant son nom dans les serments. On utilisait même le serment pour tromper, en faisant croire à son interlocuteur qu’on avait juré, alors qu’il n’en était rien. Une casuistique compliquée avait sélectionné les serments qui obligeaient de ceux qui n’entraînaient aucune obligation.

Pour Jésus, tout serment implique Dieu, de qui découle toute vérité. De plus, Jésus veut qu’on évite toute division dans la vie, que ce soit dans le domaine religieux ou dans celui des affaires profanes. Dieu se trouve dans toutes nos activités.

Pourquoi les serments ?

Quiconque exige de jurer en invoquant Dieu comme témoin de la vérité montre qu’il se défie de l’autre. Il n’a pas confiance dans sa seule parole. Aussi Dieu lui-même doit garantir la véracité de ce que la personne affirme. Ainsi la relation est faussée entre celui qui exige le serment et celui qui le fait. Chez le premier, c’est la défiance, soupçonnant l’autre de mentir pour tromper. Chez celui-ci, sa franchise n’est pas assez évidente pour susciter la confiance.

L’idéal de la relation entre les gens, c’est la confiance mutuelle. On ne devrait jamais avoir besoin de serment pour dire la vérité et pour être cru. N’est-ce pas une telle confiance qui lie deux amis, quand l’un dit à l’autre au sujet d’un prêt : « Je ne veux pas de contrat entre nous ; ta parole me suffit. » Les personnes franches, sans dissimulation, suscitent l’estime de tous. C’est dans cet esprit de franchise que deux groupes religieux ont refusé tout serment : les Esséniens de Qumrân (au temps de Jésus) et les Quakers.

Pourquoi les serments se sont-ils multipliés dans nos sociétés ? Parce que le mal sévit dans notre humanité, qui a rendu le monde mauvais. On entend trop souvent dire : « Moi, je ne me fie à personne. » C’est une attitude terrible, qui coupe les ponts de communication. La fourberie, l’hypocrisie et l’infidélité ont perverti notre monde, où le plus habile trompe son voisin. Les chrétiens ont la mission de briller par leur franchise, de vaincre et d’éliminer toute défiance

Jean-Louis D’Aragon SJ 

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